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Roots and wings (Rafael)

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Faith Buchanan
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MessageSujet: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyVen 27 Aoû - 0:11

« Tes mains. » Juchée sur la barrière en bois, la cavalière vint poser ses deux mains de part et d’autre de sa bouche, pour mieux orienter le son de sa voix que le fracas des sabots du cheval menaçait de couvrir. « Elles doivent être en avant de tes épaules, et devant le garrot du cheval. » Sur invitation de son professeur, sa jeune élève parvint à stopper sa monture pour lui laisser le temps de la rejoindre au milieu du paddock. « Il faut que ton nombril soit toujours à la verticale de tes étriers – comme ça. » énonça-t-elle encore, d’un ton qu’elle voulait doux et encourageant, tandis qu’elle posait doucement ses mains le long du dos de la gamine pour la guider vers la position adéquate. « Maintenant, tu dois porter ton regard le plus loin possible. Ça va t’aider à te stabiliser. » L’erreur la plus commune, chez les débutants, était de garder les yeux rivés sur l’obstacle pour le considérer avec appréhension. De quoi mettre à mal la confiance que l’animal plaçait en son cavalier. Cahin-caha, la fillette et sa monture se mirent en branle, sous le regard préoccupé de la gérante. « Ne la laisse pas charger les barres ! » s’exclama-t-elle encore, tandis que la jument accélérait l’allure pour sauter le plus rapidement possible. Une attitude pour le moins dangereuse, à tel point que Faith jugea qu’il était préférable de lever la séance – bientôt confortée dans sa décision par les larmes de son élève. Quel âge avait-elle ? Onze ans ? Peut-être douze ? Ce clair-obscur où l’on ne se sent plus comme un enfant sans tout-à-fait être un ado. Par-delà la barrière, ses parents l’attendaient, traduisant par leur impatience tous les espoirs qu’ils avaient pu placer en elle et qui pesaient assurément trop lourdement sur ses épaules. « C’était un mauvais jour. Ça arrive. » murmura Faith, d’un ton qu’elle voulait rassurant, et tandis qu’elle posait sa main sur les épaules de la fillette. A contrecœur, celle-ci partit rejoindre sa famille, laissant à son professeur le soin de raccompagner sa monture. 

« Vous êtes là. » s’exclama cette dernière, avec chaleur, au moment de gagner à son tour la barrière où elle avait cru repérer une ombre familière voilà déjà quelques minutes. Le temps de nouer tendrement son bras autour des épaules de Rafael et de presser ses lèvres dans le creux de son cou, un cri se fit entendre en signe de protestation. Pas question, pour la petite Hope, d’être ainsi laissée de côté ! « Hey… » souffla la jeune maman qui s’efforça d’accéder à l’injonction de l’enfant – la prendre dans ses bras – sans pour autant laisser s’échapper la jument dont la robe bai-brun semblait attirer l’attention. « Tu veux lui dire bonjour ? » Le temps filait si vite. Les gestes de l’enfant étaient plus assurés… mais pas plus délicats – comme en témoignait la façon dont elle tirait sans ménagement sur la crinière de la bête, comme elle avait pris l’habitude de le faire avec les cheveux de ses malheureux parents. « Doucement, chérie. » la réprimanda Faith, avec douceur. « Comme ça. Regarde… » Et de se saisir tendrement de la main de l’enfant pour guider sa course. Ce faisant, son regard clair s’attarda de nouveau sur son élève qui s’éloignait au loin. « Ses parents aimeraient en faire une championne. » confia-t-elle à son compagnon, sans trop savoir pourquoi – il était peu probable que le sujet l’intéresse. « Je crois qu’elle préférerait se faire amputer des deux bras plutôt que de devoir venir ici tous les samedis. » A plusieurs reprises, la jeune maman avait tenté de faire valoir son opinion auprès du père de la fillette – dont l’argent dépensé en cours particuliers aurait été mieux employé ailleurs. Sans succès. « Tu crois qu’on sera comme ça, nous aussi… ? » murmura-t-elle, l’air tout-à-coup songeur au moment de considérer leur fille, sourde à ces discussions d’adultes. Ses pensées se déployaient lentement selon une logique qui échappait probablement encore à Rafael. Car elle avait omis de lui rapporter l’essentiel. « Ton père est venu ici. » Elle se tut un instant, comme elle guettait sa réaction, non sans une pointe… d’appréhension ? Elle ne savait trop dire pourquoi. « C’était il y a deux heures, environ. » Ce détail présentait-il vraiment de l’importance ? Avec le temps, elle avait pris la mesure de l’importance que son compagnon accordait aux faits – précis et circonstanciés – plutôt qu’aux ressentis et aux émotions. Aussi jugea-t-elle préférable d’interrompre provisoirement son récit, le temps de mieux cerner l’état d’esprit que cet aveu avait vu naître en lui.

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Rafael Sullivan
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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptySam 4 Sep - 3:46

Rafael Sullivan était le premier conscient d’avoir des défauts. Plusieurs, même. Celui qui lui venait le plus facilement en tête était cette propension toute évidente qu’il avait à être souvent distrait. Ceux qui le connaissaient le mieux savaient que cela cachait autre chose : une ultime concentration sur d’infinis détails qui échappaient à d’autres. Et ces derniers temps étaient pires que jamais en la matière. Le jeune homme paraissait plus agité que d’ordinaire, de quoi contraster avec la figure pleine de flegme qu’on lui connaissait. Il lui arrivait fréquemment d’oublier de poser certains gestes, par exemple éteindre la lumière en quittant une pièce, alors qu’il pouvait vérifier deux ou trois fois s’il avait bien verrouillé la porte d’entrée de leur domicile… Malgré tout ça, le jeune homme se montrait d’une grande patience avec sa fille. Hope n’avait toujours eu droit qu’au meilleur de lui-même. Peut-être encore possédait-elle ce don, unique, presque magique, de le ramener dans le moment présent pour ne se consacrer qu’à elle. Alors que d’autres auraient peut-être préféré l’éloigner de l’enfant, il avait une chance inouïe que sa compagne ait su voir tous les bienfaits que lui procuraient, à vrai dire, le temps passé avec celle-ci. Qu’importaient tout à coup les préoccupations qu’il pouvait avoir, il était évident que rien dans ce monde n’aurait suffi à le détourner de sa volonté de prendre soin de sa puce et de la protéger envers et contre tous. Alors, Rafael n’était pas dupe. S’il savait que sa compagne était une femme occupée, il n’en était pas moins qu’une petite part de lui se doutait que ces après-midi qui lui étaient ainsi réservés, du temps père et fille, comportaient quelque part un peu de cela. Lui permettre de s’apaiser. Car rien d’autre n’y faisait comme le pouvaient une longue balade au parc avec le landau ou des heures à gazouiller avec des jouets d’enfants, ceux, bien sûr, que Hope préféraient par-dessus tout. À cet âge, il semblait déjà possible de déceler une certaine individualité chez l’enfant – du moins, Rafael l’éprouvait ainsi. Après sa compagne elle-même, personne ne l’avait déjà autant intéressé que celle dont il était le père depuis quelques mois à peine.

C’était donc avec un sourire léger, mais non moins présent, qu’il accueillait la jeune maman aux abords de l’enclos qui servait aux cours. Un instant seulement, voilà qu’il avait fermé les yeux en se laissant prendre par la chaleur réconfortante des bras de la jeune femme. Rafael n’avait jamais été le genre d’homme à ne pas savoir être seul, c’était même tout le contraire. Ces derniers temps, les moments de solitude auxquels il devait se frotter généraient néanmoins chez lui de l’anxiété qu’on ne lui connaissait que trop peu. Cela prenait principalement la forme d’une irritabilité ponctuée de ces fameux oublis par distraction, tandis qu’à d’autres moments, il s’agissait plutôt d’un sentiment d’urgence à faire. Surtout de ces choses dont il ne parlait pas vraiment et qui le conduisaient longuement derrière l’écran de son ordinateur. « Impossible de savoir à qui tu as manqué le plus. » Murmurait-il alors à sa compagne. Jusqu’à ce que protestations les tirent hors de cette parenthèse volée à un quotidien, malgré eux, tourmenté. « Je ne sais pas d’où lui vient cette énergie, elle n’a pas encore fermé l’œil depuis ce matin. » S’il était recommandé de permettre aux enfants de cet âge de dormir au moins deux fois, il y avait de ces jours où cela était bien mission impossible avec la petite Hope. Une seule, voire aucune sieste, faisait plutôt son bonheur. Tandis que la petite fille apprenait à caresser l’énorme bête, Rafael, lui, laissait son regard aller à l’encontre du portrait que formait une autre famille. « Non, impossible. » L’expression, de tout temps sérieuse du Sullivan, semblait s’animer d’une lueur amusée. « C’est déjà Hope qui décide de beaucoup de choses à la maison, je ne pense pas qu’on pourrait lui imposer quoi que ce soit qui ne lui plairait pas d’avance. » Une réponse plus sérieuse aurait sans doute comporté d’autres arguments, tel que le fait qu’il n’avait pas d’attentes particulières à l’égard de leur fille. Elle l’émerveillait déjà du haut de ses six mois. Hope pouvait devenir ce qu’elle voulait, championne d’équitation, comptable, gérante d’un supermarché, présidente d’entreprise ou des États-Unis, que cela ne changerait en rien l’amour qu’il éprouvait déjà pour elle. La légèreté de l’instant semblait tout à coup s’envoler sous le coup de l’annonce que lui faisait Faith. La mine de Rafael, de tout temps songeuse, venait de s’obscurcir. « Mon père. » Répétait-il. Oh, ce n’était pas pour en avoir la confirmation, il ne doutait pas du tout de son audition. Seulement, une analyse s’était déjà amorcée sous son crâne, traitant de tous les faits dont venait de lui parler la jeune femme, en plus de ceux qu’il possédait déjà. Depuis combien de temps n’avait-il pas parlé à son père ? « Et il voulait te voir. » Encore une fois, la question était rhétorique, car l’évidence se manifestait à eux. Pourquoi, au juste, M. Sullivan aurait-il mis les pieds dans un ranch de Redwood Hills, sinon que pour en voir la gérante, celle-là même qui était la compagne et la mère de l’enfant de son fils unique ? Le tout était de savoir : comment il avait su. Et pourquoi cela avait conduit à cette visite, il y avait environ deux heures. Laisser le champ libre aux hypothèses était quelque chose de dangereux pour l’équilibre, alors Rafael tâchait de réfréner ce réflexe pour se concentrer sur les réponses qui viendraient.

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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyLun 13 Sep - 20:30

« C’est vrai. » concéda-t-elle alors, en même temps que de couvrir – sans gêne – d’un regard bleu plein de tendresse l’enfant qui, âgée de six mois à peine, semblait déjà affirmer sa volonté propre. Quoi de plus naturel, pour un parent, que de rechercher chez sa descendance la marque de ses propres gênes, sitôt poussé le premier cri ? Leur petite fille avait hérité de ses yeux – il ne subsistait aucun doute à ce sujet. Pour ce qui relevait du caractère, il était trop tôt pour le dire. La jeune maman n’était pas sans savoir combien son compagnon redoutait – tout comme elle – de voir apparaître chez la fillette la manifestation de ses propres tourments. Peut-être était-ce là ce qui les préservait vraiment de marcher dans les pas du couple de parents qu’ils considéraient à distance, avec plus de circonspection que de jugement. Hope pouvait bien devenir ce qu’elle voulait, cela n’avait pas d’importance. Il ne s’agissait pas d’une marque d’indifférence, de celles que son propre père lui avait témoigné tout au long de sa propre enfance. Rien de ce qu’elle avait pu entreprendre alors n’avait jamais suffi à lui assurer l’attention de Frank – des compliments de ses professeurs de littérature à ces trophées entreposés au ranch. Contrairement à sa meilleure amie – dont les parents nourrissaient tant de rêves à son endroit – elle n’avait jamais expérimenté le fardeau d’une attente condamnée à être déçue. Elle n’avait jamais lu la moindre forme de dépit dans le regard de Frank. A bien y réfléchir, elle n’y avait jamais rien décrypté, pas même au lendemain de cette terrible nuit de juillet – peut-être n’avait-elle tout simplement pas su interpréter les signes ?  

A contrario, il lui semblait parfois que Rafael savait précisément ce que pouvait impliquer d’être dans la peau de cette petite fille qui leur tournait le dos tandis qu’il lui fallait presser le pas pour gagner la voiture de ses parents, toujours vêtue de sa tenue d’équitation. Sans doute ne l’aurait-il pas énoncé selon ces termes. Deux ans d’une intimité partagée avaient fini de la convaincre de ce que Rafael éprouvait les choses différemment, dans tous les sens que ce terme pouvait bien impliquer – concevoir, vivre, endurer. Sa relation au monde n’était pas contrefaite, ni fallacieuse – simplement… différente. Quiconque entendait le comprendre – ou tout du moins s’y efforcer – devait chausser d’autres lunettes, et témoigner de beaucoup de patience et de retenue. Alors seulement survenaient de petits miracles, à commencer par le lien si particulier qui semblait le lier à leur enfant et qu’il lui arrivait parfois de jalouser. Comme si la fillette, dans l’ingénuité de l’enfance, accueillait l’amour de son père pour ce qu’il était – pudique, secret, parfois paradoxal… Différent, oui. Mais sans qu’il soit permis d’en questionner la force. Témoin de ces moments privilégiés – livrés à son interprétation personnelle – elle se sentait parfois gagnée du sentiment que Rafael avait trouvé sa place, d’une certaine façon. Une expérience qu’elle préjugeait inédite, à en juger par la façon dont le visage de son compagnon s’était brusquement refermé à la mention de la visite qu’elle avait reçu ici-même, un peu plus tôt dans la journée. « Je ne dirais pas ça. » observa-t-elle alors, sur le même ton qu’elle avait employé jusqu’à présent – factuel. Les sourcils légèrement froncés, elle s’efforçait de se remémorer la teneur d’une conversation qui l’avait pris de court. « Il s’est présenté à l’hôtel, quand tu n’y étais pas. » Probablement sur les horaires de jour. Difficile de savoir si ce rendez-vous manqué était le fruit du hasard où si M. Sullivan avait sciemment choisi de se présenter au comptoir d’accueil à l’heure où son cadet n’y était pas. « Quelqu’un lui a parlé du ranch. » Et de moi, songea-t-elle un instant à préciser – car elle doutait de ce que Rafael ait dit quoi que ce soit à sa famille à son sujet, exception faite de sa cousine dont elle n’était pas sûre qu’elle entretienne encore quelque rapport avec son oncle et sa tante. « Il ne m’a pas dit qui. » ajouta-t-elle encore, comme pour aller au-devant d’une question que son esprit analytique ne manquerait sûrement pas de soulever. « Il aimerait te voir. » Son regard bleu s’attarda un instant sur la fillette qui semblait toujours absorbée par cette énorme bête qu’on l’enjoignait à caresser avec prudence. « Ainsi que Hope. » Sa petite-fille, envers et contre tout. « Il a parlé d’aller boire un café en ville. Cet après-midi. » A l’improviste – ce que son compagnon exécrait le plus au monde. « Je crois qu’il redoutait ta réaction. » conclut-elle enfin, en même temps que de songer à l’expression de ce visage venu lui renvoyer quelques traits familiers. De quoi expliquer la raison pour laquelle M. Sullivan avait renoncé à se présenter sur Lilac Road, là où il aurait été tout-à-fait certain de tomber sur son fils ? « Est-ce qu’il avait raison ? » se risqua-t-elle à souffler à mi-voix.

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Rafael Sullivan
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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyMer 6 Oct - 16:11

Grand nombre d’efforts – conscients, ce genre de chose ne pouvait que l’être - étaient mis en branle au quotidien pour éviter de se perdre dans les méandres d’une sombre inquiétude. Tapie dans l’ombre, celle-ci ne tardait pour autant jamais à resurgir, nourrie par la certitude d’être, au fond, légitime et nécessaire. Alors qu’il toisait sa compagne du regard, ce n’était momentanément pas elle qu’il voyait. Plutôt, maintes possibilités qui semblaient toutes plus absurdes les unes que les autres. S’il devait s’être produit un évènement aussi terrible qu’une maladie, un accident ou pire encore, ce n’était pas par cet enchaînement de manœuvres que son père aurait procédé. Passer à l’hôtel, obtenir des informations, se présenter au ranch et proposer un rendez-vous par le biais d’une interlocutrice forcément biaisée par ce que représentait le tout pour leur famille. Mais Faith l’était-elle vraiment, biaisée ? Quand elle-même portait de vieilles rancunes à l’endroit de l’autre grand-père de leur fille ? Quand son gris clair retrouvait vraiment la vision de la jeune femme à ses côtés, c’était néanmoins de la complicité qu’il percevait. Rassurante, prudente, respectueuse. Dans le cours d’une vie à deux – à trois –, il ne s’agissait pas toujours de rires ou de joies. C’était parfois derrière ces regards, cette compréhension du fardeau qui venait de s’abattre sur ses épaules. Le poids de la décision. C’était à présent Hope vers qui ses pensées et son regard s’étaient tournés, l’enfant gazouillant joyeusement maintenant qu’elle avait retrouvé sa mère. La petite Hope avait-elle donc besoin d’un cercle plus étendu ? Et si elle n’en avait pas besoin aujourd’hui, parce qu’il y avait aussi sa marraine et son parrain, pour ne parler que d’eux, pour veiller sur elle avec autant de tendresse ou presque que ses parents, était-il envisageable qu’un jour il en soit autrement ? Il n’y avait absolument aucune raison de contredire la supposition si soigneusement – et prudemment – posée par l’ex-journaliste.

Malgré cette vibration interne, désagréable, ce heurt subtil et pourtant réel à son équilibre. Rafael cherchait une raison véritable de s’opposer tel que lui dictaient ses propres émotions et la réalité était qu’il n’en trouvait pas. « Non, c’est juste. » Son père avait au moins su, consciemment ou pas, probablement pas sauf s’il le sous-estimait, lui accorder une soupape de sécurité. « Si ce n’était que moi, la décision serait déjà prise. Tu comprends ça. » Difficile de dire comment ça se serait passé si les rôles avaient été inversés ; si c’était Frank Wellington qui s’était présenté à lui pour lui demander plus ou moins d’interférer en sa faveur auprès de sa fille unique. Du reste, il n’y avait jamais vraiment eu de rancœur entre Rafael et ses parents. Rien qu’une profonde incompréhension mutuelle, qu’il avait un jour jugé bon de mettre de côté. Il n’avait jamais éprouvé le manque de ces relations. Du moins, son esprit cartésien avait tiré cette conclusion, sans prendre en compte que c’était pourtant un sentiment de vide qui l’avait poussé à faire les pires, mais également les meilleures décisions de sa vie jusqu’à aujourd’hui. « Hope est différente. » L’affirmation portait certes à confusion, mais Faith le connaissait suffisamment bien pour suivre le fil de ses pensées. Différente, de lui. Qui était aussi différent. « Ils l’aimeront. » Rafael avait bien vu comment ses parents s’étaient comportés avec sa sœur, Abigail, et comment sa disparition les avait brisés. Ils pouvaient être de bons parents. Il n’y avait donc, logiquement, pas de raison pour qu’ils ne puissent pas être de bons grands parents. « Sauf s’ils cherchent à combler un vide. » Précisément celui qu’avait laissé Abigail de nombreuses années auparavant. Mais ce n’était pas tout. Même si le Sullivan n’était pas reconnu pour être le plus expressif, les tumultes sous son crâne se lisaient aisément au fond de ses yeux. Comme s’il hésitait à partager l’objet de son tourment, par désir de protéger celles qu’il aimait. « Je m’attends à tout, surtout à ce qu’il est impossible de prévoir. » Il avait repris un air grave au moment de se confier ainsi à la jeune femme. C’était bien l’une de ces choses qu’il avait promise. Cesser de la tenir à l’écart, ne plus prétendre pouvoir faire face seul à tous les coups. « Elle peut se servir d’eux. » Il parlait de Selene. Celle qui les avait complètement déjoués au détour du gala de bienfaisance cet été. Le plus préoccupant, c’était qu’il se doutait trop bien que si tel devait être le cas, le tout serait hors de ses radars. Selene était trop intelligente pour avoir recours à la moindre technologie si elle avait dans l’idée d’entre en contact, avec intermédiaire ou non, avec les Sullivan. La question était de se demander si cela pouvait avoir une quelconque utilité pour la Reine des Roses. Mais Rafael, lui, se sentait déjà gagné par cette sourde impatience frôlant l’obsession : il fallait qu’il vérifie les communications de ses parents, leurs moindres faits et gestes des dernières semaines.

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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyDim 24 Oct - 17:31

Les mots ont un pouvoir que l’on pourrait qualifier de dévastateur. Certains vous sauvent, d’autres vous tuent. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Faith avait toujours adoré les mots – les trouver, les peser, les affuter, les assembler. Au point qu’il lui arrivait quelque fois de regretter cette carrière de journaliste, sacrifiée sur l’autel de tant d’autres projets – dont elle tirait au moins autant de joie. En l’espace de quelques mois, il lui semblait pourtant s’être murée dans un profond silence. Aux côtés de son compagnon, elle avait appris à se taire, au profit de regards qui en disaient parfois plus long. Au point de ne plus redouter ces conversations laconiques qui la tenaient autrefois au supplice. Au prix d’un grand nombre d’efforts – qui s’étaient déployés de part et d’autre – le couple avait bâti son propre mode de communication. Faith en tirait une forme de sérénité qu’elle était parfois tentée d’imputer à l’apathie qu’engendrait le climat d’angoisse qu’ils sentaient quelques fois peser sur eux. Il lui arrivait le matin de se sentir malade, abattue, pétrifiée par la peur. Un état qu’elle préférait mettre sur le compte de la fatigue accumulée depuis qu’elle avait donné naissance à sa fille. Cela suffisait-il à donner le change ? Sans doute se connaissaient-ils trop bien l’un l’autre, comme en témoignait ce sous-entendu, à peine voilé, qui vit les traits vieillis et fatigués de Frank s’imposer un instant dans son esprit. « Je comprends. Oui. » murmura-t-elle alors, dans un souffle. Qu’y avait-il à ajouter ? Elle n’entendait pas commettre l’affront de juger Rafael pour le pendant du crime dont elle s’était elle-même rendue coupable, vis-à-vis de leur fille. Celui de la priver de l’affection de son grand-père, pour une myriade de raisons dont les plus scandaleuses méritaient d’être tues. Que pourrait-elle bien ressentir à l’idée que son propre père témoigne plus d’affection à sa fille qu’il n’en avait manifesté pour elle, au même âge ? Mieux valait ravaler son égoïsme et le dissimuler sous d’apparentes vertus.

Hope était différente, ça oui. Elle n’avait guère besoin de questionner son compagnon quant à ce qu’il espérait sous-entendre. Les blessures qu’elle lisait dans ses grands yeux gris clair se reflétait dans l’océan de son propre regard. « Je n’aurais pas dit ça, à une certaine époque. Mais… » risqua-t-elle néanmoins, d’un ton mal assuré. Car le poids des années appelait avec lui une invitation à l’introspection – à moins que ce ne soit le fruit de cette odeur de mort qui flottait autour d’eux, comme un parfum tenace dont ils ne pouvaient se défaire. « Je crois qu’il y a bien des façons d’aimer quelqu’un. » La détermination de Frank à renouer contact était telle qu’il lui semblait parfois pouvoir la qualifier d’amour – même imparfait, même maladroit. « On peut s’aimer… » reprit-elle, au terme d’un silence songeur. « Et souffrir de ne pas se comprendre. » Et de conclure, d’un ton si bas qu’il aurait aussi bien pu être destiné à elle-même : « C’est ce que je ressens. » Non pas vis-à-vis de son compagnon, mais à l’égard de l’homme dont elle tirait sa propre vie, pour le meilleur et pour le pire. Frank aimerait Hope. Tout comme le couple Sullivan. Elle n’en doutait pas une seconde. Sans doute l’aimaient-ils déjà, à leur manière. Au point de dépasser les différends qui les tenaient éloignés d’elle. « On cherche tous combler un vide, tu ne crois pas… ? » reprit-elle encore, dans un soupir à peine audible – et quelque peu coupable. Pouvaient-ils, l’un comme l’autre, prétendre être au-dessus de ça quand ils n’avaient jamais rêvé à rien, ces quelques trente dernières années, sinon à la chaleur d’un foyer différent de celui qu’ils avaient connu étant enfants ? « Comment était-elle ? » souffla-t-elle encore, d’une voix légèrement tremblante. Celle dont il était question, entre les lignes. « Abigail. » Il n’en parlait pour ainsi dire jamais. Et elle, n’avait jamais vraiment osé l’interroger à ce sujet, jusqu’à maintenant. La curiosité n’était pas moins tendance – non pas malsaine, mais remplie de tendresse. A l’égard de celle qui l’avait compris avant elle. Hope lui ressemblerait-elle un peu ? L’angoisse les rattrapait déjà, à travers ces suppositions auxquelles elle ne pouvait pas croire. « Crois-tu que quelqu’un aurait pu la renseigner à leur sujet ? » Calypso Marquez. Elle n’avait pas besoin de prononcer son nom. Lui-même y avait forcément pensé, non ? « Je ne le crois pas. » conclut-elle enfin, et contre toute attente. « Il m’a semblé… Sincère. » Nul doute que l’argument ne suffirait pas à convaincre un esprit cartésien tel que lui. « J’ai peut-être tort mais… J’ai tendance à me fier à ce genre d’intuitions. » Déformation professionnelle, sans doute. Toujours est-il que ses intuitions l’avaient rarement trompée. A commencer par celle qui l’avait poussée à répondre au tout premier message que Rafael – alors sous le couvert d’un pseudonyme – lui avait adressé.

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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyDim 7 Nov - 23:01

C’était un grand soulagement, cette certitude de ne pas avoir besoin d’expliquer l’inexplicable. L’inavouable. Comment un enfant pouvait-il affirmer ne pas véritablement aimer un parent ? La question était aussi terrible que son pendant, lequel, il n’oublierait jamais, il avait plus d’une fois entendu sa compagne formuler tout haut. Les choses étaient beaucoup plus profondes et complexes que cela, d’où l’acceptation qu’il en avait faite de ne pas s’y buter chaque minute de chaque jour. La vie continuait, il fallait que d’autres choses florissent malgré tout sur une terre qui semblait à première vue aride et pauvre. Les gens avaient cette capacité, fascinante pensait-il souvent, d’être surprenants. Pour le meilleur comme pour le pire. Alors que Faith lui partageait une réflexion qui venait agripper chez lui quelque chose de très intime, son regard jetait son ancre sur le sien. « Je crois aussi. » Confirmait-il enfin. Il aurait voulu, il aurait voulu lui demander si elle éprouvait ce vide auprès de lui. Parce qu’il n’était pas en mesure de lui offrir la vie dont rêverait n’importe qui, la vie qu’elle aurait dû avoir et qu’elle méritait à coup sur. Mais les mots ne lui venaient pas. Seule une infinie tendresse, ponctuée de gestes plutôt que de paroles. La paume chaude de sa main libre, celle qui n’était pas occupée à maintenir leur fille, allait trouver la joue de la jeune femme. Son pouce caressait la commissure de ses lèvres. « C’est aussi ce que fait mon père. » Même si Rafael avait l’habitude de raisonner en absolu, du moins de s’exprimer de façon laissant peu de place aux doutes, il ne s’agissait que d’une hypothèse. La vie continuait et avec elle, le sentiment d’avoir des erreurs à rattraper. De l’amour, qui n’avait pas été distribué. Le domicile des Sullivan s’était retrouvé bien vide, lui aussi, après la disparition d’Abigail. Comme une malédiction qu’on aurait jeté sur la famille entière, empêchant les survivants de retrouver un peu de chaleur ou de se comprendre.

Faith avait suivi le même fil de pensées, du moins, voilà qu’elle l’interrogeait – une fois n’est pas coutume – à propos de sa sœur. Calme, parce qu’il l’était toujours en apparence, le jeune homme semblait réfléchir un moment, avant de livrer l’évidence. « Tout ce que je ne suis pas. » Le réflexe était devenu vérité à ses yeux. Et l’intelligence, qu’on pouvait aisément lui reconnaître, ne suffisait pas à poser un regard plus objectif sur les qualités de sa sœur lorsqu’il était temps de les comparer aux siennes. « Charismatique. Enjouée. Solaire. » Ce dernier mot trouvait un écho particulièrement glaçant. « Je ne sais pas si ça aurait été différent, si elle avait été là. » Le questionnement s’appliquait à plus d’une réalité, mais l’essentiel était de se demander si la relation entre Rafael et ses parents s’en serait trouvé améliorée. Ou disons seulement, moins détériorée. « On aurait peut-être continuer d’essayer. » Posait-il en conclusion, laissant remonter à la surface quelques émotions depuis longtemps enfouies – et classées. Toujours était-il que son père avait essayé. Aujourd’hui même, en se présentant à elle pour proposer ce café. Il paraissait presque plus facile de s’interroger sur des sujets connexes, à savoir si cette possibilité était suffisamment prudente, plutôt de se demander s’il voulait répondre présent. « Elle aimait Abigail. » N’était-ce pas évident ? Et il n’accordait pourtant pas de signification cachée à ces paroles. Il y avait bien des façons d’aimer. Et bien des façons d’avoir le cœur brisé. « C’est peut-être la seule raison pour laquelle je suis là. » En vie. Épargné de nombreuses occasions qu’il y aurait eu de couper une tête – ou un bras, pour s’assurer que ce n’était pas toute l’organisation qui se retrouverait ainsi gangrenée. « Je ne sais pas si je lui fais confiance. » À peine avait-il prononcé ces mots qu’il prenait la mesure de ce qui les dictait. Pas l’objectivité, non. Même si elle lui était chère de tout temps. Plutôt, la blessure d’un jeune garçon incapable d’exprimer ce dont il avait vraiment besoin à des parents, probablement dépassés au même titre. « Mais je fais confiance à ton jugement. » Faith avait toujours fait preuve de plus de sensibilité que lui, parfois peut-être trop, mais à eux deux, ils trouvaient une forme rare d’équilibre. « Ça ne nous engage à rien. » Ajoutait-il, peut-être plus pour lui-même que pour la jeune femme d’ailleurs. « Autant le savoir. » À cet instant, son regard se posait de nouveau sur Hope, particulièrement tranquille depuis quelques instants, peut-être était-ce la fatigue qui la rattrapait enfin. Rafael se sentait tiraillé entre deux formes d’inquiétude, tout à fait distinctes et pourtant capables de se teinter l’une et l’autre. « Tu nous rejoins à la maison et on ira tous les trois ? À quelle heure, il a dit ? » Le temps, peut-être aussi, de permettre au bambin de fermer les yeux avant la rencontre. Trop de temps, pour qu’il ne se perde pas en conjonctures entre temps.

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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyLun 15 Nov - 21:19

Sous la dictée de Rafael, voici que le portrait d’Abi s’animait sous ses yeux. Charismatique. Enjouée. Solaire. Il ne lui serait jamais accordé de faire sa connaissance. Il lui semblait pourtant qu’elle avait été bien plus que cela. Comme une porte entre deux mondes. Une interface. Une interprète. Le ciment de cette famille – dont la disparition avait vu s’effriter les murs et les fenêtres, pour ne plus laisser apparaître qu’un vaste champ de ruines. Abi créait du lien. Il lui suffisait d’exister. De respirer. Après sa mort, que pouvait-il bien rester à aimer ? L’orpheline de mère ne connaissait que trop ce sentiment. Celui d’être engloutie par un fantôme, et rendue inaudible par le silence assourdissant laissé par son départ. Il n’en fallait pas beaucoup plus pour sentir l’étau de ce nœud qui lui serrait la gorge se resserrer progressivement. Encore et encore. Jusqu’à voir le bleu de ses yeux se brouiller un instant de larmes, aussitôt ravalées. Est-ce qu’elle te manque ? aurait-elle voulu lui souffler, cédant ainsi à l’impulsion farouche – et non moins égoïste – de se sentir un peu comprise. Les choses s’éprouvaient différemment sous ces boucles de miel, en-dedans de ce buste qu’elle couvrait d’une main étonnamment fébrile. Et ce genre de questions avait la fâcheuse habitude d’en soulever bien d’autres pour celui dont la tragédie n’était pas de ne rien sentir, mais d’endurer les choses autrement. Alors, elle n’en fît rien, déterminée à lui offrir la compassion muette dont il avait besoin – suivant l’exemple de leur fille dont la tranquillité (soudaine !) méritait d’être soulignée. Comme elle apposait doucement son front contre l’épaule du jeune homme, il lui fallut un temps certain pour comprendre qui se cachait derrière ce elle. Trop pour lui donner l’occasion de réagir. La confiance. Voici qu’ils se remettaient de nouveau à elle, pour le meilleur ou pour le pire. Il leur serait bientôt donné de le savoir. « Dix-sept heures. » Soit très bientôt. « Il a mentionné le Snow Rose. » Assurément pas de quoi leur offrir l’anonymat et la sérénité nécessaires à ce genre d’épreuves – aucun endroit à Redwood Hills ne le pouvait. Du moins l’idée d’un territoire ami – doublé d’un lieu public – était-elle de nature à apaiser leurs inquiétudes. Les siennes, tout du moins. « J’ai presque terminé. Je fais vite. » affirma-t-elle encore, au moment de poser tendrement ses lèvres sur celles de son compagnon.

*

Comme elle s’y était attendue, la fréquentation du café était près de son apogée en cette fin d’après-midi maussade, comme l’étaient parfois les veillées estivales sous un ciel de traîne – changeant et menaçant. L’été ne serait bientôt plus qu’un lointain souvenir. Trois minutes d’avance leur avaient conféré l’immense privilège de s’octroyer le dernier box dans le fond de la salle, comme modeste sanctuaire d’un drame familial à l’issue encore incertaine. Ils se tenaient ainsi l’un à côté de l’autre, guettant la porte avec appréhension – la concernant, du moins. Jamais autant d’enjeux ne s’étaient vus accumulés dans une tasse à espresso. L'enfant réfugiée dans ses bras ne s’y trompait pas. Privée d’un repos salvateur, elle arborait un air maussade sinon farouche, bientôt ponctué de gémissements préfigurateurs d’une crise. « Tu as trop chaud, chérie ? » s’enquit la jeune maman, d’un ton distrait, comme elle considérait la gigoteuse que le temps menaçant les avait poussés à choisir pour venir jusqu’ici. L’assemblée des convives réchauffait le café – à défaut de l’ambiance – si bien que la fillette se débattait déjà dans sa prison frappée d’oursons et doublée en polaire, pour finalement éclater en sanglots. « Attends… » Le moment n’aurait définitivement pas pu être plus mal choisi, tandis qu’une silhouette familière se détachait dans l’encadrement de la porte. Au moins, M. Sullivan n’aurait-il aucun mal à les localiser. Dans des gestes fébriles, Faith parvint enfin à libérer l’enfant sans pour autant arracher sa clémence. Les larmes continuaient de s’écouler à gros bouillons sur ces joues rouges de colère, et la jeune maman était au désespoir – accablée par le sentiment, désormais familier, de ne jamais savoir trouver les mots ou les gestes à poser. De guerre lasse, elle décida de s’en remettre à celui dont la courtoisie aurait voulu qu’il soit pour un temps laissé à lui-même – et à l’épreuve qu’il voyait se dresser devant lui. Cet acte de lâcheté eût le mérite inattendu de placer Rafael dans une posture favorable – et surprenante pour qui, contrairement à elle, n’était pas le témoin privilégié de ce lien si particulier qu’il avait su tisser avec l’enfant, ces derniers mois. Sitôt retranchée dans les bras du père, Hope parut s’apaiser. Et de planter ses grands yeux bleus encore mouillés de larmes dans le regard de l’homme enfin parvenu jusqu’à eux. Comment briser la glace ? « Cappuccino ? » s’enquit Faith, d’un ton qu’elle voulait encourageant – en même temps que de se lever un peu plus brusquement qu’elle ne l’aurait voulu. « On n'en trouve pas de meilleur à cent miles à la ronde. » Quelque chose lui soufflait que les deux hommes n’avaient pas besoin de témoin pour échanger ces premiers mots. Mieux valait trouver un prétexte pour se glisser jusqu’au comptoir.

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MessageSujet: Re: Roots and wings (Rafael) Roots and wings (Rafael) EmptyMer 1 Déc - 23:54

Hope n’avait pas fermé l’œil, pas une minute, sur le chemin du retour à la maison. L’enfant s’était contentée de gazouiller joyeusement, elle dont la bonne humeur contrastait avec la sourde appréhension de son parent. Rafael n’aurait su dire ce qui l’animait, si ce n’était qu’un inconfort tout particulièrement lourd à porter, sorte de charpente de plomb invisible sur ses épaules. Contre toutes attentes, c’était à quelques pas du café que leur fille avait trouvé sommeil et le changement de température, sans la constante rumeur sonore de l’établissement public, s’étaient dès lors imposés comme de bien horribles désagréments. Installés au dernier box du lieu, comme si, inconsciemment, ils cherchaient à concéder un caractère privé à ce qui ne l’était décidément pas, la toute jeune famille semblait constituer le parfait portrait. Rien, ni même les pleurs de leur petite fille, n’était susceptible d’attirer vraiment l’attention des autres clients. « Shhhh… » Murmurait-il alors à l’oreille de Hope, par réflexe, tandis que sa compagne la lui avait glissée entre les bras. À cet instant bien précis, le regard du hacker flottait entre la porte d’entrée du café et le visage rougi du bambin. Il était et la vision de l’homme, dont les traits lui étaient pourtant familiers, se dérobait au mirage auquel ils avaient appartenu toutes ces années passées à ne le croiser que de loin, de très loin, au cimetière de Burlington. La main de Rafael caressait doucement le bras de sa fille, qu’il avait libéré d’une couche en trop, et celle-ci n’aurait pu mieux imiter son père. Même regard analytique (du moins, pouvait-on en avoir l’impression), même suspicion féline. « Je suis ravi que vous soyez là. » Lorsqu’ils étaient pris d’anxiété, la plupart des gens surjouaient. Rafael l’avait toujours noté, tout était un cran au-dessus. « Faith. » Le sourire adressé à sa compagne lui évoquait une sorte de vœu silencieux, un remerciement peut-être. Et alors que l’ex-journaliste menait ce début de conversation hasardeux avec brio en offrant de passer commande, le regard de son père se posait bien vite sur lui, et sur sa petite fille.

L’homme en venait à prendre place sur la banquette qui lui semblait bien toute dédiée. Eux trois, puis lui seul. « Elle est magnifique, Rafael. Elles le sont toutes les deux. » Précisait-il enfin, cédant aisément à cette habitude qu’avaient aussi les gens, en ce genre de situations, d’aborder le premier sujet qui leur venait en tête, le plus facile. « Elle te ressemble, lorsque tu étais bébé. Avec les yeux bleus. » Pourtant, c’était Abigail qui avait les yeux bleus. Les siens étaient devenus gris à quelques mois. Un bref silence pesait entre eux. « Oui, elles le sont. Je suis un homme chanceux. » Le sujet choisi était tout de même l’un de ceux sur lesquels le jeune homme n’hésitait jamais à s’exprimer. Le regard de Rafael se posait sur Hope, qui se remettait à gazouiller, un peu comme si elle partageait ses propres observations à son père. « On l’a su lors de la campagne électorale. » Rafael relevait la tête pour observer son interlocuteur. Celui-ci paraissait sincère, au moins autant que fébrile. S’il n’en était pas encore à abaisser entièrement sa garde, l’explication prenait tout son sens. Et son père le connaissait au moins assez pour savoir qu’il avait besoin des réponses avant d’avoir posé les questions. « Alors quand on a su qu’elle attendait un enfant… On a pensé que… Tellement de temps s’est écoulé depuis, tu sais ? » Fidèle à lui-même, il écoutait, ce qui représentait déjà un pas, un très grand pas. « Elle n’est pas prête… Mais moi, je pense que cela fait longtemps que nous aurions dû faire ce pas vers toi. » La voix de M. Sullivan tremblait. Une voix qui, outre ce fait, partageait de nombreuses sonorités avec celle du fils. Ce qui expliquait, peut-être, la grande attention dont faisait l’objet le nouveau venu. « Tu veux la tenir ? » Demandait enfin Rafael. Son père fronçait les sourcils, mais ne manifestait aucune hésitation. « Oui, je… Oui, j’aimerais beaucoup. » Alors que Rafael se levait avec Hope, il lui semblait bien percevoir une larme aux yeux de son père, du coin de l’œil. Au moment où il glissait l’enfant entre les bras de son grand-père, Faith revenait à leurs côtés, chargés des cafés. « Merci, Faith. Vous êtes un ange. » La remerciait-il vraiment pour le cappuccino ? Alors qu’il n’avait pour les breuvages aucune attention particulière ? Rafael observait avec curiosité l’aisance de son père avec leur fille, tandis qu’il libérait les mains de sa compagne. « Le seul cappuccino du même calibre qui m’ait été donné de goûter, c’était au Croissant d’Or à la Nouvelles-Orléans. » Un regard complice était adressé au fils, comme une tentative de faire revivre une époque révolue. Rafael tardait à répondre, mais finissait par dire : « Je ne buvais pas encore de café. Mais Abi en buvait en cachette, vous aviez trouvé un gobelet dans sa chambre. » Le souvenir de cette crise familiale – dérisoire aujourd’hui – tirait un gloussement de rire au père. « Oui… Elle faisait ça. » Hope, contrairement à son père, s’accommodait mal de ne pas être le centre de l’attention et voilà qu’elle tendait le bras vers les gobelets fumants sur la table, heureusement hors de portée.

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