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 And that's how I live now ¤ Nielsen

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MessageSujet: And that's how I live now ¤ Nielsen   Mar 11 Avr - 22:31

And that's how I live now


Nielsen & Sky

Sky accordait de moins en moins d'importance à sa famille, certainement parce que celle-ci ne l'avait pas soutenu comme il l'entendait. Très clairement, le jeune homme était exigeant envers les gens qui peuplaient sa vie. Ce n'était pas forcément de son fait, il avait juste eu peur de tout perdre en l'espace de quelques minutes et il avait choisi d'agir avant que quelqu'un n'agisse pour lui. Depuis dix ans donc, les relations avec ses proches étaient plus compliquées que jamais. Sky ne s'entendait plus du tout avec sa grande soeur qu'il trouvait trop parfaite pour être vraie. Quant à ses parents, ils le chouchoutaient bien trop pour qu'un garçon aussi indépendant que ce cher Elliot se laisse faire. La pilule avait été dure à avaler quand son père avait décrété qu'il avait besoin d'une aide de vie au quotidien pour s'en sortir sereinement. A l'heure actuelle, bien des mois plus tard, Sky ne lui avait pas pardonné cet écart de conduite, du moins c'était ainsi qu'il jugeait cette décision. Le jeune aveugle aurait certainement dû être plus souple avec le reste de sa famille: après tout, personne n'était parfait et leur seul tort avait été de prendre soin de lui, même s'ils étaient tous maladroits à des degrés différents en la matière. Dans le fond, c'était lui même que Sky rendait misérable en se mettant de côté lors des événements familiaux et il allait très probablement le regretter d'ici quelques années. Viendrait fatalement un temps où il ferait l'acte de trop, l'acte impardonnable que ses parents ou sa soeur ne pourraient tout bonnement pas supporter. Sky ne mesurait pas encore cette possibilité, il était peut être trop jeune, trop naïf ou simplement trop sot pour penser aux conséquences de ses actes. Il ne pouvait juste pas imaginer un monde où ses parents accepteraient de déshonorer leur progéniture, même s'il avait beaucoup moins de mal à imaginer que sa soeur puisse le haïr un jour. De toute évidence, c'était déjà le cas étant donné qu'elle ne pouvait pas passer un quart d'heure en sa compagnie sans l'insulter ou lui montrer à quel point il était gênant à se trouver dans son espace vital. Sky n'était pas mieux qu'elle en la matière, il voulait l'éloigner à tout prix et tant pis s'il sacrifiait une relation fraternelle qui aurait pu être d'une grande importance dans sa vie quotidienne.

Sky essayait de ne pas trop y penser. Au lieu de cela, il se réfugiait dans ses différents jobs: entre l'aide qu'il prodiguait à Thalia avec son enfant aveugle, ses émissions de radio et son bénévolat au ranch, Sky n'avait pas franchement le temps de considérer ce qu'il faisait de mal dans sa vie. Pour le voir, il fallait limite prendre rendez-vous et les seuls instants où il avait quelques minutes devant lui, c'était bien les samedis où il se retrouvait au ranch à filer un coup de main. En fait, il était plus gênant qu'autre chose pour l'équipe mais au moins, il mettait un peu d'ambiance avec sa maladresse légendaire et son humour un poil décalé. On l'adorait pour cette raison là, à défaut d'être un manieur hors pair de la fourche et du râteau. Ce jour là ne faisait pas exception puisqu'il avait dû nourrir trois chevaux avant de partir dans un débat philosophique avec le palefrenier présent. Quel intérêt? A priori aucun mais Sky adorait discuter des enjeux environnementaux et humains dans leur société contemporaine. Il aurait pu discuter des heures de la situation américaine sur le sujet mais il entendit un prénom qu'il connaissait bien sortir de la bouche d'un collègue. "Nielsen?" Oui, Nielsen, son cousin qui revenait du front. Sky avait eu quelques nouvelles de manière épisodique mais il n'avait pas pu le revoir très souvent depuis qu'il était de retour en ville. Bien entendu, le jeune Elliot marcha à vitesse rapide vers l'endroit où il avait entendu la voix s'exclamer. "Dites moi que j'suis pas encore trop nul en course d'orientation et que j'ai trouvé le Saint Graal en la personne de mon cousin... Enfin, si j'me trompe de Nielsen, c'pas si grave, on peut toujours ramasser du crottin ensemble et ça va nous lier, hein?" Les plaisanteries idiotes de Sky Elliot et puis ce sourire d'ange qui étira ses traits, il avait de quoi rendre fou mais on l'aimait certainement pour cela aussi.

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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Jeu 27 Avr - 17:33

Pour autant qu'il y pensait, il avait revu peu de monde depuis son retour à la vie civile. Celle-ci commençait à s'étirer sur plusieurs semaines maintenant mais ça n'était pas pour autant qu'il ressentait le besoin de se sociabiliser. Il appréciait cette ville, ces lieux. Pourtant, il se souvenait aussi sans mal de son principal défaut. Comme dans toutes les petites cités, les paroles volaient par-ci puis par-là, le bruit des rumeurs croissant à mesure que les informations s'égrenaient. Les gens parlaient, discutaient souvent sans prendre le balai pour nettoyer leur devant de porte pourtant presque aussi sale parfois que celui de ceux dont ils se faisaient à un plaisir à discuter. C'était une mentalité qu'il avait appris à connaître. Il avait fait avec, peu soucieux du qu'en dira-t-on et ce depuis ses plus jeunes années. Les cours d'école n'étaient pas bien différentes du reste de la ville. Le terrain de jeu était juste plus restreint avant de finalement s'étendre dans le monde réel. Maintenant qu'il était rentré, il ne le redoutait pas vraiment mais il n'était pas sûr d'avoir l'envie de l'affronter. Plus encore qu'auparavant, tous ces mots le dépassaient totalement. Ainsi les commentaires, les petites remarques, les questions insidieuses ne le motivaient absolument pas et en attendant de mettre un peu d'ordre dans sa tête, il repoussait autant que possible les interactions sociales qu'il pouvait éviter. Ca ne lui ressemblait pas vraiment mais il ne savait pas encore comment faire autrement. Il n'était pas certain non plus de sa réaction quand il apprendrait pour un tel ou un autre. Quand il faudrait aussi qu'il explique pourquoi il était rentré. Il avait conscience que ce serait moins gênant avec certains que d'autres mais il voulait encore se donner un peu de temps. Pour retrouver ses marques puis étendre ensuite le champ. Même avec sa famille au final, il avait eu peu de contacts depuis son retour. Les seules exceptions étaient ses parents qu'il voyait tous les jours et sa petite soeur dont il s’enquérait de nouvelles toutes les semaines. Il avait toujours eu peu de rapports avec la famille de son père et il ne voyait pas vraiment comment les choses pouvaient évoluer de ce côté-là mais il se souvenait cependant un peu mieux de celle du côté de sa mère. Il n'avait toutefois pas tenté de les revoir eux non plus. Avec le recul, il s'était dit qu'il serait peut-être encore plus difficile de s'expliquer avec sa famille qu'avec des étrangers ou des connaissances. Il savait pourtant qu'à un moment ou un autre, il devrait se décider. Il y en avait certains qu'il prendra sans nul doute plaisir à revoir. Peut-être quand l'espoir fou et étrange de repartir se déciderait enfin à le quitter.
Pour l'heure de fait, il n'y avait que les rencontres de passage, généralement dans le cadre des travaux de la ferme. Les fournisseurs, les acheteurs, le personnel médical aussi parfois pour son père puis le psychologue qu'il devait encore fréquenter alors qu'il s'en serait bien passé. A ce dernier pour le moment, il essayait de ne pas penser. Dans l'immédiat, il tentait plutôt de se concentrer sur la suite de son programme de la journée. Il allait devoir passer au ranch. Il n'y avait pas non plus remis les pieds depuis son retour. En général, c'était sa mère qui s'en chargeait mais elle lui avait laissé la place pour cette fois. Il ne s'inquiétait pas particulièrement de qui il pourrait y croiser. Il lui suffirait de faire la conversation pour les affaires comme avec tous les autres.
Il s'enquit de son père une dernière fois avant de quitter la maison puis prit l voiture pour se rendre au ranch. Étrangement, ça avait toujours été un lieu qu'il aimait bien. En arrivant, il salua un des premiers palefreniers qu'il croisa et qu'il ne connaissait pas. Il réalisa avec un temps d'arrêt qu'il y avait sans doute peu de chances qu'il connaisse grand monde dans les lieux. Il était parti depuis trop longtemps. Le palefrenier croisé à l'entrée le guida vers les écuries après qu'il lui ait fait savoir pourquoi il était là. Ils trouvèrent un autre palefrenier inconnu à l'intérieur auprès duquel il excusa l'absence de sa mère ce jour-là mais il n'eut pas le temps de poursuivre davantage qu'il fut interpellé plus loin sur sa droite par .... certainement la dernière personne qu'il se serait attendu à croiser dans les parages. Alors que ce dernier arrivait vers lui, il ne put retenir un sourire presque rieur à la vision de son cousin qu'il n'avait certainement pas vu lui non plus depuis longtemps.
"Sky ! Si je m'attendais à te trouver là ... Et non, rassure-toi, tu ne t'es pas trompé. C'est bien moi."
Il se rapprocha de lui à son tour puis réalisa que sa cécité ne s'était en rien améliorée depuis la dernière fois. Il était heureux de voir qu'il paraissait toutefois aller bien. Peut-être aurait-il du essayer davantage finalement. Le sourire toujours sur les lèvres, il cessa de se poser plus de questions et prit finalement son cousin dans ses bras.
"Tu sais quoi ? Ca fait plaisir de te voir"
Il le relâcha quelques secondes plus tard.
"Mais dis-moi plutôt comment tu vas ?"
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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Ven 28 Avr - 17:14

And that's how I live now


Nielsen & Sky

Il n'y avait qu'un idiot dans son genre pour devenir bénévole au ranch. Les gens normaux qui vivaient avec un handicap aussi lourd que le sien ne cherchaient pas à jouer au super héros du dimanche quand ils n'en avaient pas les moyens réels. Sky n'était pas quelqu'un comme les autres: il n'était jamais rentré dans les standards des gens autour de lui, même s'il avait toujours tout fait pour rentrer dans le moule que la société aurait voulu pour un jeune homme comme lui. Le jeune Elliot était tout bonnement incapable d'être un aveugle tout ce qu'il y avait de plus lambda. Il aurait pu, pourtant, se contenter de la canne, des lunettes et du chien-guide mais c'était tombé dans la facilité selon lui. Evidemment, se perdre les trois quarts du temps pour faire deux mètres entre deux endroits, c'était choisir simplement et même chose quand il s'agissait de ne pas percuter quelqu'un ou quelque chose en traversant une rue. Il n'y avait que Sky pour n'avoir aucune réelle notion du danger et pourtant, on l'avait éduqué aux moindres obstacles qu'il allait rencontrer tout au long de sa vie. Il avait vu des dizaines de médecins, des dizaines de types qui lui avaient répété qu'il allait devoir trouver un mode de vie tranquille s'il voulait continuer à avoir une vie à vivre d'ici une dizaine d'années. Ce n'était pas pour autant que Sky avait écouté, bien trop intéressé par le bruit tonitruant des mouches qui volaient dans la pièce que des propos sur son avenir encore incertain. Sa famille, quant à elle, avait noté la moindre recommandation de chaque médecin et l'avait affiché dans tous les endroits de la maisonnée dans l'espoir que cela change quelque chose à la condition de leur progéniture. Non, Sky n'avait pas changé en cinq années, il n'avait toujours pas enregistré à quel point sa situation était précaire quand il se décidait à sortir tout seul sans avoir l'aide d'objets si précieux pour les autres handicapés comme lui. Il commençait peu à peu à accepter sa situation, cela dit, mais ce n'était pas tellement grâce à ses parents, plutôt à Julian et sa rencontre avec Thalia. Sky s'était responsabilisé de lui même, se rendant compte qu'un enfant en bas âge, ce n'était pas comme traverser le village sans canne ou sans lunettes quand on avait plus d'une vingtaine d'années... C'était quelque chose qui demandait de l'attention et surtout de ne pas faire la moindre erreur d'immaturité. Sky ne pouvait plus rester ainsi, il devait grandir, évoluer, au moins cela.

Alors, il avait tendance à faire un peu plus attention quand il se promenait sur les chemins non balisés du ranch et il refusait certaines tâches qu'il acceptait autrefois en sachant fort bien que le tout le mènerait au désastre. Aujourd'hui, ce cher Elliot était presque un bénévole normal si on excluait le fait qu'il était très maladroit avec une fourche dans la main et que tout le monde autour mettait un espace de sécurité d'un bon mètre pour éviter le moindre incident d'envergure. Sky était concentré ce jour là mais il avait fallu que la voix de quelqu'un qu'il connaissait le sorte de ses rêveries. Nielsen, son cousin, celui qu'il n'avait pas vu depuis des années. Sky n'avait pas spécialement compris quand son cousin s'était engagé pour une mort des plus tortueuses à l'autre bout du monde mais il avait essayé de garder ses larmes pour lui, malgré le manque de nouvelles au fil des années. Il était désormais de retour et si sa mère lui avait dit, Sky avait tout de même attendu la confirmation auditive avant de laisser s'exprimer sa joie. Celle-ci brillait sur son visage au moment où Nielsen l'enlaçait, comme si la veille encore, ils étaient à jouer au parc pour enfants et s'imaginer les scénarios les plus fous possibles. "J'ai encore du flair alors, à défaut d'avoir des yeux! Ah bordel, j'suis trop content." Cela, tout le monde avait dû le remarquer vu qu'il souriait à tout va, sautillant presque en relâchant son cousin, tâtant ses épaules pour être certain qu'il ne lui manquait pas un bras ou un membre apparent quelconque. "Bah tu vois, nickel, comme toujours! Et toi alors? J'm'inquiétais de pas savoir où t'étais rendu là... Pendant que j'me la coulais douce au ranch, t'étais dieu sait où là, j'étais pas bien quoi. Mon propre cousin avec un flingue dans les mains, quand maman m'a dit ça, j'me suis évanoui... Et j'rigole même pas, c'le pire!" Sky était loin d'être un dur à cuire comparé à d'autres et la guerre n'était clairement pas sa tasse de thé. Avec un ourson pareil, on aurait pu s'en douter cela dit.

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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Jeu 29 Juin - 16:38

Le retour à la réalité, à la vie civile, normale, courante finalement n'avait pas été aisé. Loin de là. Les ajustements étaient toujours quelque peu compliqués mais il y mettait les efforts qu'il fallait. Parce qu'il le devait. Parce que même si au fond de lui, il n'espérait pas un retour définitif, pas encore, il commençait à se faire à l'idée que son psychologue n'allait pas le lâcher. Il était donc presque condamné à rester. Ce n'était pas insurmontable, loin de là, ni même épouvantable. Il aimait cette ville, ces lieux, ses champs et sa ferme tout comme il tenait aux siens. Il ne rêvait pas de partir, de tout quitter pour risquer de se faire massacrer à l'autre bout du monde. Non. A la vérité, il avait plutôt l'impression de faillir, d'échouer dans sa tâche en étant obligé de rester plutôt que d'être utile là-bas. Il avait l'impression de lâcher son régiment et c'était quelque chose de difficilement supportable. Il apprenait à faire avec, toutefois. Il réapprenait à apprécier cette vie à la campagne pour laquelle il se battait finalement. Il était entre deux eaux, entre deux mondes, encore incertain de là où il devait basculer. Alors en attendant, il redécouvrait. Tout avait tant changé et après avoir vu le pire, il pensait qu'il aurait bien du mal encore à être surpris, à être presque émerveillé. Peut-être avait-il perdu de son optimisme finalement. Et c'était loin d'être une idée agréable. Pourtant, elle ne paraissait pas encore tout à fait vraie. En dépit de ce qu'il aurait pu croire, il s'apercevait qu'il pouvait encore être bel et bien surpris, qu'il y avait encore bien des choses en capacité de lui déclencher un sourire voire davantage. C'était rassurant. Réconfortant de se rendre compte que finalement tout n'était pas perdu, que la vie ne l'avait pas encore rendu amer ou désespéré. Il n'en dirait rien au psy bien sûr mais il finirait presque par apprécier la chance d'avoir pu rentrer. Peut-être au fond en avait-il réellement eu besoin. Il n'avait pas toujours l'impression d'être parti si longtemps que ça mais à mesure que les jours avançaient, il devait bien se rendre à l'évidence. Il avait perdu le cours des choses. La simplicité reprenait alors peu à peu tout son sens. C'était loin d'être déplaisant. Les nuits lui rappelaient encore qu'il n'était pas tout à fait serein cependant. C'était presque étrange. Il avait toujours peu dormi mais là-bas, il n'avait jamais vraiment eu de difficulté. S'il devait l'admettre sans doute ses nouvelles journées trop calmes étaient-elles responsables. Qu'il s'harasse au travail des champs ou non, c'était bien moins prenant que ceux de bataille. Il était fatigué sans l'être. Il fallait donc s'offrir de nouveaux défis, de nouveaux challenges, quelque chose pour occuper l'esprit comme il occupait le corps. Lors des quelques conversations qu'ils pouvaient partager, son paternel lui recommandait parfois de sortir du cadre de la ferme, de voir d'autres personnes que ses deux parents ou les quelques rencontres qu'il pouvait faire. Il n'était pas certain d'être prêt à faire la conversation à qui que ce soit. Il pourrait écouter sans mal, avec un certain plaisir, mais parler lui-même ? Pour dire quoi ? Raconter son séjour en enfer n'avait rien de bien tentant et son psychologue lui-même n'en entendait pas tant. Il avait conscience que ça ne lui fera pas forcément de mal mais avec qui et surtout comment ? Par quel moyen en vient-on à raconter ce qu'il peut se passer de moins reluisant à l'autre bout du monde, dans ces lieux que les civils du coin sont loin de connaître quand bien même ils prétendraient le contraire grâce au pouvoir de la télévision ? C'était si loin de la réalité. Alors à quoi les choses pourraient-elles ressembler ? Comment pourrait-il finalement prolonger une conversation dans son sens qui puisse dépasser les formulations les plus générales et les plus banales ? Qui aurait d'ailleurs envie d'entendre autre chose ? Au delà de ses interrogations pourtant, il devait bien se rendre à l'évidence. Rester à la ferme n'était pas la solution. Il le savait et au fond, l'idée n'était pas forcément plaisante. Il avait donc pris la place cédée par sa mère ce jour-là pour se rendre au ranch. Et s'il s'était attendu à ce que les choses se passent rapidement après quelques mots échangés, il ne s'était certainement pas attendu à croiser son cousin dans les parages.
Incapable de retenir un sourire, il l'avait finalement pris dans ses bras. Mais il n'avait pas rêvé, il était là, bien tangible. Il était plus qu'heureux de se rendre compte qu'en dépit de sa condition peu enviable, il avait l'air de se porter bien, ce qu'il vint lui confirmer.
"Tu travailles ici, alors ? Il va falloir que je vienne plus souvent."
Il se retint de rire alors même que la situation n'était pas si drôle. Il s'en voulait presque à l'idée de lui avoir causé tant d'inquiétudes. Il savait que son entourage n'avait pas été des plus heureux suite à son départ mais il ne manquait jamais de se souvenir pourquoi il l'avait fait.
"Désolé, cous', ça n'était pas mon intention, promis. J'espère au moins que tu ne t'es pas fait mal. Et ne t'inquiète pas, c'était ...."
Il ne savait pas vraiment pourquoi il s'arrêtait. Mais il lui manquait des mots. Par quel simple jeu de vocabulaire pouvait-il décrire ce monde-là ? Il n'était pas sûr de trouver d'expression simple suffisamment forte et dans un sens, y tenait-il vraiment ?
Après les avoir observé avec ce qu'il devinait être un mélange de surprise et d'amusement pour certains, les quelques individus qui les entouraient finirent par s'éloigner.
"... différent. Mais je vais bien. Je suis entier. Et ce n'est pas évident tous les jours mais je recommence à m'habituer petit à petit. Désolé de ne pas t'avoir donné plus de nouvelles."
Le sourire était toujours accroché aux lèvres et le ton aussi enjoué qu'il le pouvait. Il se rendait compte pourtant qu'en dépit de ce qu'il pensait parfois, il était sans doute celui qui avait le plus changé.
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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Jeu 29 Juin - 18:24

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Nielsen & Sky

Sky n'avait pas toujours les pieds sur terre, c'était le moins que l'on pouvait dire et tout ce qui relevait des responsabilités ou de l'âge adulte, c'était tout ce qui l'exécrait par dessus tout. Pourtant, il savait qu'il ne pourrait pas y échapper à un moment ou un autre parce qu'il n'aurait peut être pas toujours une aide de vie pour remplir ses papiers, faire ses courses ou payer les factures. Bientôt, il allait devoir compter uniquement sur lui même pour s'en sortir et cette perspective ne l'enchantait pas tellement pour être tout à fait honnête. Sky avait toujours eu peur de grandir, certainement parce qu'il avait vu les effets que l'âge pouvait avoir sur des gens qu'il avait connus. Avec la maturité, il s'était éloigné de plein de personnes qu'il ne pensait jamais voir partir un jour. Oui, il pensait à sa relation chancelante avec sa soeur aînée, la disparition de son cousin pour le front et d'autres amis qui avaient fini par déménager pour les études ou des opportunités de travail. Elliot, lui, était condamné à rester à Redwood Hills jusqu'à sa mort, c'était plus ou moins ce qu'il imaginait en tout cas puisqu'il était bien incapable de se repérer en dehors du réseau de son village natal. Comment faire alors pour s'habituer à un tout nouvel endroit? Pour quelqu'un comme lui, c'était mission impossible, enfin dans sa tête plus qu'autre chose. Tout était possible, Sky n'en avait juste pas conscience, certainement parce qu'il avait laissé le pessimisme le gagner le jour où sa vision avait commencé à diminuer. Il fut un temps où il était le môme hyperactif qui rêvait d'être astronaute ou pilote de ligne. Aujourd'hui, où étaient ses doux rêves? Très loin de son esprit, certainement. Sky ne voulait être rien d'autre que la voix à la radio. Il ne voulait pas qu'on le regarde, qu'on le reconnaisse ou qu'on l'envisage comme un aveugle parmi tant d'autres. Alors, autant se faire le plus petit possible, éviter de se mettre en avant... Enfin, cela aurait été possible si Sky n'était pas aussi maladroit et bavard à la base. Forcément, tout le monde le remarquait lorsqu'il entrait quelque part et faisait tomber la moitié des objets qui passaient devant lui. Le pauvre Elliot était différent et même s'il avait énormément de mal à s'y faire, il fallait bien qu'il commence à accepter la situation ou alors, il aurait très certainement une vie bien malheureuse, entouré de regrets et d'amertume de ne pas avoir pu accomplir ses vieux rêves d'enfants.

Il tâchait de ne pas y penser. C'était la base de tout avec Sky Elliot: éviter les problèmes en les oubliant et les remettant au lendemain. Il était devenu un véritable expert en la matière et au ranch, c'était certainement pire qu'ailleurs. Il ne faisait que discuter avec les passants au lieu de nettoyer le crottin de cheval qui s'accumulait sans qu'il n'y prenne garde. Il avait beau avoir un handicap, Sky savait bien qu'il aurait dû prendre son travail un peu plus au sérieux. Ce n'était pas ce jour là qu'il allait changer de méthode cela dit, puisque son cousin avait fait apparition au beau milieu du ranch. Forcément, il ne pouvait y avoir que des effusions de joie de la part de Sky, il n'avait pas croisé le chemin de Nielsen depuis plusieurs années, celui là se perdant à la guerre quand la vie continuait le plus normalement du monde dans le Vermont. Après cette étreinte chaleureuse, Sky ne put que sauter sur place, cherchant à avoir des nouvelles de la vie de son cher cousin. "J'suis bénévole dans le coin... Heureusement que j'suis pas payé d'ailleurs vu le boulot que j'fais, hahem. Non, mon vrai job, c'à la radio. Et toi, t'es à la ferme?" Il ne pouvait pas être ailleurs, c'était là que tout se passait pour les parents Hanway. Et qui de mieux placé pour reprendre la suite que leur fils prodige? "Dans mes souvenirs, j'me suis juste ruiné une dent, une demie cheville et le coude, donc trois fois rien mais mon dieu, t'es vivant quoi! C'merveilleux, c'beau!" On aurait dit un môme qui soufflait sur ses bougies d'anniversaire mais c'était Sky tout craché, incapable de faire preuve de calme ou de patience, toujours aussi gamin dans sa tête justement. "Cool, tant mieux. Alors, raconte moi tout. C'était comment là bas? Et t'es revenu quand? Et mon oncle et ma tante, ça s'passe comment? Et j'arrête les questions, promis mais j'suis aveugle, faut m'nourrir de sensations moi..." Plus chiant que Sky Elliot, c'était probablement dur à faire mais il assumait. Il n'avait pas vraiment d'autres choix de toute manière.

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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Ven 21 Juil - 17:01

Il avait toujours aimé raconter des histoires. Il n'était pas certain qu'elles aient marqué qui que ce soit mais il avait pris plaisir à les inventer, à les élaborer au fur et à mesure sans véritable fil rouge. Quand les livres manquaient souvent à porter des mains, c'était souvent ce qu'il trouvait de mieux pour s'occuper ou du moins distraire. Ca avait commencé par ce qui ressemblait à de simples contes. Sa première auditrice n'avait été nul autre que sa soeur cadette qui avait fini par les lui réclamer plus encore que la lecture de ses propres ouvrages qu'elle connaissait de toute façon déjà par coeur. Parfois, il reprenait sur quelque chose d'ancien, de déjà entamé, parfois il inventait à nouveau entièrement avec ou sans fin. Elle réclamait souvent que ce soit basé sur les personnages qu'elle appréciait qu'ils soient crées par son aîné ou pour la télévision. Pour avoir regardé bon nombre de dessins animés avec elle, il les connaissait parfois mieux qu'elle, c'était donc aisé. Elle avait fini par grandir pourtant et les histoires, il avait fini par apprendre à les écouter. Elles n'avaient alors rien de fictif mais qu'importe. Il avait fallu qu'il parte pour le front et se découvre des compagnons de régiment pour se faire mettre à en raconter de nouveaux. Cette fois, tout était fictif, nulle transposition avec quelques oeuvres que ce soit. Parfois elles se suivaient, parfois elles étaient d'une seule traite. Il se demandait parfois comment il trouvait encore de nouvelles idées mais au fond, il était d'accord avec les autres, c'était bien plus plaisant que la réalité. Comme c'était déjà le cas des années auparavant, le ton était généralement joyeux, optimiste. Le monde réel était déjà suffisamment sombre, pourquoi celui de la fiction devrait-il l'être lui aussi ? Avec l'aide de Cal', il parvenait même parfois à partir sur des histoires totalement exotiques inspirées par l'île de ce dernier qu'il n'avait pourtant lui-même jamais vu. Mais qu'importe. Qu'elles aident à dormir ou à passer simplement le temps concentré sur autre chose, elles étaient toujours bonnes à raconter. Depuis la perte de Cal' pourtant, ce n'était pas de la fiction qu'on lui réclamait mais bien la réalité. Cette vaste et nébuleuse réalité qui se trouvait être si peu inspirante. Ca avait commencé avec le psychologue. Il avait voulu tout savoir, tout connaître. Il avait voulu lui offrir un exutoire mais le flot était resté hermétique. Les mots manquaient. Il pouvait inventer toutes sortes d'idées, partir dans toutes sortes d'univers mais s'ancrer dans son vécu lui coupait les mots. Quand il avait finalement fini par céder, c'était dans un discours incohérent, presque désespéré, de ce qu'il espérait ne jamais avoir à prononcer. Il s'était repris alors, avait tenté de récupérer une consistance. Pourquoi se plonger là-dedans ? Pourquoi retourner en Enfer alors même qu'on l'en avait sorti contre son gré ? Il avait cessé de raconter des histoires au fond. A qui aurait-il pu les offrir ? Sa sœur était grande et bien loin. Ses compagnons de régiment encore davantage. L'inspiration lui manquait étrangement. Comme si l'absence de vocabulaire pour qualifier sa propre histoire avait touché aussi les autres. Quand on lui réclamait alors de nouveaux récits bien trop réels, il tapait bien souvent en touche. Ça arrivait rarement toutefois et ça n'était pas plus mal. Son nouveau psychologue n'appréciait guère cette idée mais il n'était pas encore décidé à lui faire plaisir. Il n'attendait rien. Juste que ça passe. Que la nouvelle réalité prenne peu à peu le pas sur l'ancienne pour la rendre plus vivable, moins tangible, plus fictive finalement. Au bout du compte, il en était revenu à écouter les histoires des autres plus qu'à partager les siennes. Et c'était d'autant plus agréable quand ça concernait ceux dont il les connaissait il y a des années encore.
Aussi, en croisant son cousin qu'il n'avait pas vu depuis ce qui semblait des lustres, il était plus qu'heureux d'apprendre de ses nouvelles.
"A la radio ? Tu présentes quelque chose ? Il va falloir que tu me files l'horaire pour t'écouter. Je ne peux plus manquer ça."
Et il était sincère. Ecouter les interventions de son cousin lui changerait de la musique en plus de lui changer les idées.
"Oui, toujours à la ferme. Hormis les champs de bataille, c'est tout ce que je connais. Et puis mes parents n'avaient rien contre un peu d'aide. Il faudra que tu passes à l'occasion."
Les propos de Sky ne manquèrent pas de lui déclencher un nouveau sourire. Son enthousiasme n'avait pas changé et c'était plutôt rafraîchissant.
"Oh non, tu te moques de moi, rassure-moi ? Parce que sinon, il va falloir que tu me dises quoi faire pour me rattraper."
La suite, en revanche, le fit quelque peu hésiter. Une partie de lui ressentait soudain l'envie irrépressible de lui répondre franchement mais une autre le retenait toujours. Qui avait envie d'entendre ça ? Avait-il lui-même réellement envie de le raconter ? Il ne savait toujours pas comment. Il avait conscience de la porte de sortie qu'il lui offrait mais il n'était pas sûr de parvenir à la saisir. Jusqu'où aller ? A quel moment s'arrêtait la raison dans ces cas-là, la décence même ? Ils n'étaient plus que tous les deux mais il n'était pas certain de son cas. Il décida finalement de commencer par le simple, le plus évident à discuter. Tout ce qui donnait encore un délai. Le ton était moins enjoué qu'auparavant bien qu'il tentait de ne pas trop le laisser paraître.
"Mes parents vont bien. A peu près. Ma mère, ça va. Après mon père, je suppose que tu es au courant. Ce n'est pas génial mais il tient le choc. Il n'a pas encore dit son dernier mot. Sinon je suis revenu il y a quelques semaines maintenant. Et ... et là-bas, c'était ..."
C'était quoi exactement ? Le voilà qu'il stagnait encore. Les expressions lui manquaient à moins que ça ne soit l'envie. Souhaitait-il vraiment s'aventurer sur ce terrain-là ? Il savait pourtant pertinemment qu'il aurait du mal à trouver meilleure oreille que Sky mais voulait-il vraiment le charger avec ça ? Il ne se voyait pas lui mentir pourtant. Amenuiser la situation n'apparaissait pas vraiment comme une option non plus. Se mordant la lèvre, les yeux clos pendant une seconde, il finit dans un souffle par lâcher le morceau.
"... honnêtement ... c'était l'enfer, cous'. Tu sais comment les gens ont parfois l'impression de savoir, d'avoir une idée de comment c'est, de comment ça se passe là-bas mais en réalité ... man, en réalité, c'est si loin de tout ça. Tu te souviens quand on jouait aux jeux vidéos et que parfois ils étaient tellement bien faits qu'on avait l'impression d'être sous pression, d'être pris dans un étau. Ben, c'est ça. Fois dix, fois cent même. Tout le temps. Tous les jours. J'ai vu quelques pays mais en vrai, c'est partout pareil. Aucune guerre n'est mieux que l'autre. Aucune guerre n'est plus simple ou plus facile. Je me souviens de ces films qu'on matait quand on était gosses, sur toutes les vieilles guerres. Même ça, c'est différent. Ca a changé en tout cas. L'ennemi en vrai, on le croise pas tellement. Il est partout et en même temps, il n'est pas là. On ne le voit jamais vraiment mais il est là quand même. Tout le temps. Certains disent que c'est mieux, que ça rend les choses moins réelles, moins sanglantes mais je sais pas. Je trouve que ça rend les choses encore pires. Tu voies des morts mais tu ne sais pas d'où ça vient, tu en attaques d'autres mais tu ne sais pas qui. C'est une chose derrière un écran mais en vrai. En vrai, c'est peut-être mieux d'avoir à faire à des gens, à des personnes réelles. Sinon quand est-ce qu'on sait qu'il faut s'arrêter ? Je n'étais pas directement sous les feux mais à l'arrière, c'est parfois là qu'on voit le plus. C'est ..."
Maintenant qu'il avait démarré, il se surprenait à laisser le flot venir, ça n'était pas forcément plus cohérent ou plus audible qu'auparavant mais c'était dit. Comme ça, à travers le vent. Il évitait l'expression de son cousin, concentré sur le flux inhabituel de ses pensées qui voguaient vers des horizons qu'il s'était évertué à éviter. Il était soudainement loin, très loin.

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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Ven 21 Juil - 18:54

And that's how I live now


Nielsen & Sky

Sky était encore le garçon innocent par excellence, peut être parce qu'il avait perdu la vue ou peut être parce que cette réalité l'avait poussé à se réfugier dans un monde rêveur. Au moins, quelque part dans les nuages, on ne pouvait pas venir bousiller ses idéaux avec la cruauté de l'univers. Bien sûr, il avait conscience que redescendre sur terre était une nécessité, surtout maintenant qu'il avait quitté la maison familiale mais s'il pouvait se préserver encore un peu, Sky n'y manquerait pas. Il ne voulait pas savoir combien de morts arrivaient par jour, ni le nombre de guerres qui continuaient à provoquer la misère loin de là, il était trop jeune pour avoir conscience de la peur qui étreignait le ventre de beaucoup d'individus aux quatre coins de la planète. Alors, forcément, le jeune Elliot avait du mal à se faire une idée de ce qu'avait pu traverser son cousin au cours de ces années de bataille dans des pays lointains. Pour Sky, ces années là avaient juste été vécues dans le noir et c'était déjà quelque chose d'assez difficile pour qu'il puisse considérer que cette malédiction soit vue comme une bénédiction pour d'autres. Peut être que Nielsen aurait aimé avoir le choix: de voir ou ne pas voir, en vue des horreurs dont il avait certainement dû être le témoin au front comme à l'arrière de la véritable lutte. Sky n'avait jamais été témoin d'autre chose que de son triste quotidien. En soi, c'était déjà assez morne pour que certaines personnes soient désespérés mais ce n'était rien en comparaison des membres lacérés, des pleurs des enfants et des bombes qui rendaient sourds. Si Sky était amené à perdre l'ouïe en plus de la vue, il ne lui resterait plus grand chose pour se sentir vivant. Il valait mieux, ainsi, qu'il reste dans sa prison dorée où aucune image terrible n'arrivait à être émise, là où il n'y avait que la naïveté qui arrivait à gagner. Sky était trop vulnérable pour survivre avec des souvenirs aussi douloureux au fond du crâne, peut être qu'il était trop sensible ou alors peut être qu'on l'avait trop protégé durant son enfance, c'était peut être simplement une alliance de ces deux réalités. Dans tous les cas, Sky n'était pas fait pour la violence et rien que l'odeur de brûler ou les bruits de combat le rendaient nauséeux. Se retrouver face à Nielsen, l'image même de la cruauté humaine au bout du compte parce que son innocence avait vite été effacée par les douleurs d'autrui, par les bruits de souffrance de ses camarades de chambrée, tout cela rendait Sky triste. Son cousin méritait mieux qu'une telle douleur: il aurait mérité d'être heureux, de se trouver une petite vie paisible dans les environs de Redwood Hills, là où personne ne viendrait lui parler des combats et des luttes sans raison autres que celles qui voulaient que le plus fort devait régner. Tout cela était dépassé et en tout cas, ce n'était pas de la sorte que Sky voyait la vie. Pour lui, il n'était pas question de dominer autrui et il était évident que Nielsen avait la même vision que lui en la matière, surtout après avoir vécu le pire à l'autre bout du monde.

Sky en avait des maux de ventre de savoir qu'il était rentré... Oui, mais en combien de morceaux? Il n'était même pas certain d'avoir une réponse sans équivoque car, ce n'était pas avec une simple étreinte que l'aveugle aurait pu vérifier qu'il avait tous ses membres bien à leur place. Après tout, quand il était gamin, il avait vu des centaines d'images des gueules cassées et autres victimes d'une guerre féroce. Aujourd'hui, tout cela était loin, on n'était plus au vingtième siècle mais cela ne voulait pas dire pour autant qu'on ne rentrait pas du front avec la tête à l'endroit. Nielsen avait l'air d'avoir encore les pieds sur terre cela dit, Sky le pressentait en vue des mots qu'il prononçait, comme s'il n'avait rien vécu de grave durant ces dernières années, voire même comme s'il était toujours resté dans les parages. "Ouais, animateur radio, c'le pied pour un aveugle hein? J'passe souvent le soir et la nuit le week end... Mais bon, j'te filerais juste le numéro de la station et t'écouteras quand tu veux. J'suis sûr que tu seras un grand passionné de mes débats philosophiques: qui n'a pas déjà rêvé de savoir ce qui différenciait un chou commun d'un chou de Bruxelles, hein?" Dit comme cela, ses podcasts faisaient très clairement rêver, qui aurait envie de passer à côté d'une émission d'un tel intérêt? Il n'y avait que Sky pour délirer sur la nourriture et les préférences de chacun, tout cela était peut être dû à son sens aigu du goût depuis qu'il vivait avec sa cécité. En tout cas, il était enfin temps de parler de leur famille, des dernières nouvelles à donner à ce sujet, ce cher Elliot écoutant attentivement le récit de son cousin. "Les champs de bataille... Les champs de patate... 'Doit y avoir un point commun là dessous, j'vais y réfléchir pour un prochain podcast! Mais oui, carrément si j'passe dans le coin sans m'paumer, j'viendrais avec plaisir!" Sans se perdre... C'était bien l'expression clé dans la phrase parce que Sky avait bien du mal à ne pas s'égarer dans un trou paumé comme Redwood Hills alors à la périphérie de la ville, c'était une histoire bien compliquée. "M'acheter une sucette, voilà, ça c'du dédommagement pour absence longue durée!" Voilà pourquoi personne ne le comprenait, lui et ses idées loufoques sorties d'on ne savait où. Heureusement, Nielsen ne semblait pas en être gêné puisqu'il réussit à lui narrer une partie de son histoire, ce qui laissa Sky pantois. Le pauvre Elliot ne put pas prononcer un mot pendant deux bonnes minutes, la bouche ouverte, complètement sous le choc d'un tel récit. " Mais... Mais. Pour une fois, je sais même pas quoi dire, c'est juste... Horrible. Pourquoi y être allé, alors? Franchement, t'aurais dû rentrer, Niels... Non, t'aurais même pas dû partir t'infliger ça. Qu'est ce que tu vas faire maintenant? Vivre avec des souvenirs atroces toute ta vie? Passer à autre chose, c'est..." Mission impossible? Sky n'avait pas la réponse. Il ne savait pas ce que c'était que de vivre en enfer, il savait juste comment vivre dans le noir et c'était déjà bien trop pour lui la plupart du temps.

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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Jeu 21 Sep - 15:49

A quoi tout s'était-il joué ? A quel instant clé tout avait-il basculé pour bouleverser la construction des années suivantes ? Avec le recul, il avait du mal à l'évaluer. Il savait le pourquoi. Il savait le comment. Aussi étrange et fou que cela puisse paraître, il le savait. Et les regrets s'il en avait ne concernaient pas cette décision. Il ne s'attendait pas à ce que qui que soit la comprenne. Qui le pourrait vraiment ? Seuls ceux qui la prenaient savaient ce qu'ils faisaient. D'une certaine manière. Parce que ce qu'ils pouvaient s'imaginer était si loin de la réalité, si éloigné des idées qu'on leur donnait. Lorsque le contraste frappait finalement, c'était pour laisser le souffle coupé et l'esprit coi. Alors pourquoi continuaient-ils ? Quelle sombre idée venait leur traverser l'esprit pour qu'ils acceptent tout de même de continuer ? Pour qu'ils fassent le choix d'un univers où la seule réalité revenait bassement à tuer ou être tué ? Par quelle folie étaient-ils soudainement frappés pour ne pas reculer ? Pour ne pas fuir et tout oublier ? Il en était toujours pour regretter, toujours pour se réveiller et prendre conscience que c'était plus qu'une folle idée. Mais qu'en était-il des autres ? De ceux qui restaient comme lui l'avait fait ? De ceux qui, pire encore, revenaient alors même que le simple fait de pouvoir rentrer une première fois avait l'aspect d'un miracle ? Il était de ceux-là et aujourd'hui encore si on le lui demandait, il repartirait. Pourquoi ? Pourquoi s'infliger encore davantage de peine et de désarroi ? Pourquoi continuer à s'offrir des nuits noires de cauchemars et des jours foudroyés par le silence ? Au fond, c'était une folie qu'il ne pouvait réellement expliquer. Le moindre mot qu'il pourrait lui donner ne suffirait jamais. Il ne l'aiderait jamais assez pour faire comprendre. Seuls ces fous connaissaient la cause de leur folie. Il était de ceux-là encore et ceux qui étaient encore suffisamment sains d'esprit ne pouvaient réellement saisir. Le pourquoi pourtant n'avait rien de si insensé. L'issue était suicidaire mais le point de départ ne l'était pas tant. Le pourquoi, c'était eux. Les siens, les autres, ceux qu'il laissait à Redwood puis ceux qu'il avait laissé à l'autre bout du globe. Le pourquoi, c'était les autres. Les gens, les inconnus et les proches. Ceux qu'il devait protéger par sa pension militaire ou par ses armes. Ceux qu'il devait aider par son départ ou par ses soins. Cette pensée inepte et délirante n'avait rien d’égoïste à l'origine. Kamikaze mais désintéressé. Qu'en était-il réellement désormais ? Quand il s'en voulait d'être rentré, à qui pensait-il vraiment ? Spontanément, il aurait répondu les autres. Ceux qu'il avait laissé là-bas, ceux qu'il avait le sentiment d'avoir abandonné mais qu'en était-il de ceux qu'il venait de retrouver ? De ceux qu'il laissait derrière chaque fois qu'il partait sans savoir s'il reviendrait vivant ou les pieds devant ? N'était-ce pas presque égoïste au fond de préférer le risque de se massacrer à celui de l'ennui ? Il n'était pas sans utilité ici. Il n'était pas seul non plus. Chaque jour qui avançait l'amenait à reprendre pied, à retrouver sa place. Chaque jour qui avançait ne faisait que l'éloigner davantage de son enfer pour se perdre dans un paradis trop silencieux. Il l'avait fait pour eux. Et au bout du compte, il avait parfois l'impression de l'oublier. D'autres avaient pris la place, d'autres raisons avaient fini par s'ajouter au compteur et il devenait presque impossible de satisfaire les unes sans se défaire des autres. C'était peut-être ça au final le plus douloureux. De savoir que quoi qu'il en fasse, il ne serait jamais satisfait, qu'il ne pourrait tous les contenter comme il le voudrait. Utile sans l'être, là mais plus vraiment.

A quoi tout s'était-il joué ? Il savait le pourquoi, le comment mais pas le quand. Etait-ce vraiment important ? C'était loin désormais qu'il le veuille ou non. Toutes les cartes avaient à nouveau été distribuées et le tirage ne lui plaisait guère. Avait-il jamais été plaisant ? Tout n'avait jamais été tout noir ou blanc. L'avant avait été jalonné de lumière mais c'était bien les ombres qui l'avaient obligé à partir. Le pendant avait plus frôlé les ténèbres que les éclats du soleil. Rares étaient les jours qui passaient sans leur lot de malheur et de peur. Les parcelles de lumière existaient pourtant. Précieuses et rares, plus importantes que les plus beaux des événements. L'après ne pouvait pas être parfait. L'avant n'avait pas tant changé mais le pendant avait eu raison de lui. Le mélange des deux avait du mal à fonctionner et il était coincé au milieu de deux réalités bordées de leurs propres défauts. Il avait devoir tout prendre, comme il l'avait toujours fait. Le temps avançait juste mais tout n'était pas si différent. L'ambivalence rendait le tout étrangement constant, presque rassurant. Tout évoluait mais qu'est-ce qui changeait réellement ? Même son cousin qui n'était plus tout à fait le même n'était pas si différent. Le souvenir enjoué qu'il en avait gardé au travers du prisme des années ne semblait pas si désuet. C'était les détails qui étaient divergents. Quelque chose dans le mouvement, dans l'expression, dans le ton. Le sourire en tout cas était toujours aussi vivant et c'était peut-être ça le plus important. C'était rassurant. Presque réconfortant. Il s'était laissé à sourire lui aussi parce qu'au fond, tout ne pouvait pas être si différent. Il fallait tout ré-apprivoiser mais avec un peu de chance ne pas tout réapprendre.
"Parce que tu as trouvé la réponse ? Moi qui ait toujours voulu savoir, je vais enfin pouvoir dormir tranquille. Il faut que je rattrape tout ça, je ne peux plus me permettre de le manquer."
La suite, étrangement, manqua de lui déclencher un éclat de rire. Que pouvait-il y trouver de si drôle pourtant ? Lui, plus que tout autre, savait que les deux champs ne pouvaient pas être plus différents mais peut-être au fond était-ce ça qui le rendait si paradoxal, presque comique. Il n'y avait bien que son cousin pour le faire réagir de la sorte. Le sourire fixé sur les lèvres.
"Si tu le fais, tu peux être sûr que je l'écouterais très attentivement. Oh et si jamais tu te perds, tu n'as qu'à appeler, je viendrais te chercher. Je bouge pas d'ici."
Plus maintenant, pas tant qu'on en aurait décidé autrement.
"Une sucette ? Rien de plus ? Alors je ne peux pas te la refuser. Tu l'auras la prochaine fois, promis juré !"
Le ton de la conversation évoluait soudain vers des horizons moins divertissants. En soi, pour quelqu'un d'autre, la question n'aurait eu rien de particulier. Les échanges de nouvelles n'avaient au fond rien de bien sombre. C'était de la conversation, rien de plus et pourtant. Les mots manquaient. Les pensées fluctuaient et se mêlaient sans cohérence ou quelconque forme de normalité. Il avait cédé cependant. Tout n'était pas si compliqué mais il avait quand même fini par hésiter. Parler de ses parents n'avait rien de difficile mais parler de lui. De là-bas, de ça. Sans savoir vraiment comment, il avait fini par le faire. Par trouver des mots, des expressions, par tenter de donner un sens au flot de ses idées mêlées à des souvenirs qu'il n'était pas certain de vouloir ramener. Il n'était même pas certain de la cohérence de ses paroles, de la cohésion de sa pensée. Il n'était même pas sûr des effets que ses propos pouvaient avoir. Quand les mots avaient fini momentanément par lui manquer, il avait laissé sa pensée l'emporter. Les images qui naissaient au creux de ses yeux avaient bien plus de sens que tous toutes les formes d'expression qu'il pourrait rechercher. Il ferma les yeux sans y penser avant que la réalité ne reprenne pied. Ce fut le son de sa voix qui l'amena à le regarder. Il écouta ses paroles résonner à ses oreilles et se retrouva bien plus encore muet. Les raisons, il les connaissait. Le pourquoi, le comment, il le savait. Alors qu'est-ce que les rendait si difficile à prononcer, à formuler ? Tout pantois qu'il avait fini par se trouver, il se demandait quelles explications il pouvait bien lui donner. Qu'est ce qui, après ses mots, parviendrait à les justifier.
"Je ... Honnêtement je sais et en même temps, je sais pas. C'était juste que ... à ce moment-là, il le fallait. Je ... C'est toujours ... compliqué à expliquer ... même à comprendre. C'est juste que ... Je sais pas, Sky. Maintenant, je sais pas. Ce que je vais faire, je ... C'est bien ça le problème, cous', j'en sais rien. Je suis là mais ... sans y être. J'ai l'impression que .... j'ai pas terminé, tu comprends ? Non ... 'Fin, c'est idiot, je sais. Je dis pas que ... je dis pas que je manque ou quoi que ce soit, c'est juste que ... je suis rentré sans ... c'était pas de moi et ... j'en, j'en sais rien. Si je ... si j'y suis resté c'est ... c'était pour les autres, pour les mecs qui restent là-bas à risquer leur vie tous les jours .... c'est pour ça que j'ai pas pu rentrer et là ... là, je sais pas ..."
A quoi tout s'était-il joué ? A quel moment avait-il décidé que risquer sa vie à l'autre bout du monde en valait la peine ? Il n'avait réellement pensé à l'après. Pourquoi l'aurait-il fait ? Tout ce qui comptait c'était pourquoi il le faisait, pour qui. Mais maintenant ? C'était terminé même s'il ne le reconnaissait pas tout à fait. Avec Sky, il s'était surpris à y penser plus qu'avec le spécialiste censé l'aider. Il n'aurait su dire pourquoi. Il n'était même pas sûr que c'était une bonne idée. Les mots pourtant étaient lâchés et il revenait le frapper avec le même souffle que la réalité.

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MessageSujet: Re: And that's how I live now ¤ Nielsen   Dim 24 Sep - 16:24

And that's how I live now


Nielsen & Sky

La vie ne tenait qu'à un fil: s'il y avait eu une leçon à retenir de ce que Sky avait vécu, c'était bien celle là. Parfois, il suffisait d'une perte d'attention d'une nanoseconde pour que le monde tout entier se retrouve chamboulé. Un tremblement de terre, un raz de marée, la douleur qui en découlait. Le jeune Elliot avait subi cet effet dévastateur: peut être qu'il avait cligné d'un oeil une fois de trop, peut être qu'il avait tourné la roue de la fortune avec cet espoir un peu fou qu'il gagnerait quelque chose en retour mais au final, on l'avait privé de ce qui comptait le plus... Le sens. Dans tous les sens du terme. Quand il avait perdu la vie, il avait également perdu le sens de l'existence. Durant bien des années, il avait cherché, il avait essayé de comprendre mais jamais une explication n'était arrivé jusqu'à ses tympans. Aucune réponse n'était attendue en vérité, les événements arrivaient par la simple force du destin. Parfois, il était clément et à d'autres, il était destructeur. Le bonheur et le chaos étaient intimement liés et Sky commençait tout juste à le comprendre. Tout comme il n'y avait pas de bien et de mal, rien n'était jamais clairement défini. Le ciel continuait d'exister au dessus de son crâne, la terre continuait sa rotation à un rythme effréné et tout ce qu'il fallait faire, c'était continuer d'avancer de son côté. Le jeune aveugle avait encore bien du mal à poser un pied devant l'autre parce qu'on ne lui avait jamais appris la fatalité. Bien évidemment, il avait vu ou entendu des choses par le passé: il avait conscience que des gens mouraient chaque jour mais jamais, lui, n'avait été confronté à ce genre de souffrances. Il l'avait juste aperçu quand son cousin était part à l'autre bout du globe et Sky, lui, était resté à Redwood Hills avec l'incompréhension comme seule véritable alliée. Bien des années plus tard, Elliot avait oublié tout cela, il était simplement le plus heureux du monde de retrouver Nielsen. Alors, oui, peut être qu'il aurait dû lui en vouloir de ce départ inopiné pour une mort certaine mais Sky était tout bonnement incapable d'en vouloir à qui que ce soit. Tout ce qui l'intéressait, c'était la joie de l'autre, de tous ces gens qui l'avaient rendu lui même heureux à un moment de sa vie, même si c'était l'espace de quelques secondes uniquement. Son cousin, lui, était dans une autre catégorie: Nielsen était un héros dans son coeur. Il le serait toujours, même s'il était revenu sans recevoir la moindre médaille.

Bien évidemment, Sky avait l'air naïf de penser ainsi, malgré son âge déjà avancé mais il n'était pas tout à fait comme les autres. Lui, il avait perdu la vue alors qu'il fêtait à peine ses dix huit ans et il avait dû vivre les quelques années auparavant en voyageant dans un tunnel. Rien n'évoluait de la manière la plus logique avec le jeune brun et de toute manière, il n'avait jamais été le garçon le plus normal du quartier. C'était ce qui gênait les gens en règle générale mais c'était aussi ce qui faisait qu'on l'adorait. Tout était une question de dualité, comme à cet instant précis, cet instant de retrouvailles, Sky laissant les premières bêtises s'échapper de ses lèvres comme si c'était encore la veille qu'il avait pu tenir une conversation avec son cousin. "Tu seras surpris de constater qu'on est capable de trouver les réponses à tout si on se triture le crâne un minimum de dix secondes par jour. J'en ai fait ma spécialité, enfin mon métier même." Et Sky pensait vraiment avoir un impact sur le monde en débattant de la meilleure marque de saucissons ou bien de l'intérêt du bateau pirate Playmobil dans le développement cognitif des adolescents de plus de quatorze ans. Personne d'autre n'était capable de chercher les réponses à de telles interrogations: au fond, Sky était plus perdu que la moyenne. "Vrai de vrai? Tant mieux, je comptait engager un taxi pour m'emmener autre part que dans les fossés que je me prends tous les jours... Je te prends au mot, du coup." En réalité, Elliot était juste content de savoir que Nielsen comptait rester dans la région. Il avait encore peur de le voir s'envoler alors qu'il était à peine rentré. Forcément, Sky n'avait pas envie de lui poser la question d'une manière si franche mais peut être que c'était ce qu'il devait être dit pour que les deux cousins puissent avancer ensemble à partir d'aujourd'hui. Une sucette ne suffirait pas à arranger le mal de coeur qui prenait forme à l'intérieur de son âme mais Sky espérait que la sensation finirait par se taire. Loin de là. Nielsen parlait et il restait là, bouche bée, à essayer de reconstituer le puzzle mystérieux des pensées de son cousin. Rien n'était logique dans tout cela, rien ne le serait jamais quand on parlait de guerre et de destruction. "Je sais pas si je te comprends, Niels'... Rester pour les autres là bas, pourquoi? Ca les empêchera pas de mourir, tu sais. La guerre, c'est pas ce qui va régler les choses. Et culpabiliser de ne plus en faire partie encore moins. Il faut que tu penses à toi, t'as même pas eu le temps de vivre. Tu t'rends compte de ça? J'te le dis parce que j'suis aveugle depuis mes dix huit ans et que je suis moitié mort depuis ce moment là... On l'est pas, Nielsen. On est pas morts alors il est p'tet temps d'arrêter de faire comme si on l'était." Par moments, Sky avait des moments d'une rare lucidité et c'était ce qu'il montrait à son cousin à cet instant: vivre ou mourir, il n'y avait même pas de choix à faire pour eux.

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