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 Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan

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MessageSujet: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Ven 4 Aoû - 15:05

Une main tendue est le début d'un soutien


Jonathan & Ellie

Le regard perdu sur le dossier ouvert, l’assistante sociale revêtait de son visage sérieux avant de boire une gorgée de sa tasse de café. Cette affaire visait à lui crever le cœur depuis le début de l’histoire et son côté professionnel ne faisait qu’en prendre de sacrés coups dès qu’un détail lui sautait aux yeux. Il y avait tant de peine, tant de perte, tant de désolation dans cette histoire que la jeune femme en arrivait même à se demander comment il était possible de continuer à avancer. La nature humaine révélait des forces qui dépassaient probablement sa raison. L’amour devait certainement être le principal moteur qui permettait d’appréhender le monde, voire même de le parcourir et ce même si le goût devait être différent depuis. Les lignes se succédaient les unes après les autres et son cœur lui donnait l’impression de se figer encore. Cela en devenait même difficile de continuer à lire, pourtant il le fallait non pas pour elle mais pour cet homme envers qui elle tendrait sa main pour lui offrir son aide. Le métier qu’elle effectuait avait cette tendance à la confronter devant des injustices de la vie, surtout des successions de malchance qui donnaient l’impression de toucher toujours les mêmes personnes et ce qu’importent les efforts qu’elles pouvaient faire. Le malheur savait se terrer là où on l’attendait le moins et revêtait des formes ou des visages différents. Les enfants pouvaient être maltraités et pourtant il existait aussi des parents victimes de cette abomination aussi. Les rôles n’étaient pas prédéfinis à l’avance, il suffisait simplement de se contenter qu’un détail le plus infime pour s’apercevoir que tout pouvait basculer et que les coupables n’étaient pas ceux que l’on pointait du doigt. L’avarice était un prétexte qui entrait beaucoup en ligne de compte pour certains sujets, mais d’autres pêchés s’y ajoutaient. Greffés les uns aux autres, ils permettaient de mettre en évidence un canevas dans lequel les imbrications étaient fortement enduites de cette force presque invincible que pouvait endosser le malsain. « On a de la chance. » souffla t-elle en haussant ses deux sourcils avant que son regard ne se détourne de ces lignes pour se poser sur le pittbull qui dormait paisiblement à ses pieds. Oui, dans leur malheur, malgré tout ce qu’ils avaient pu vivre ensemble tous les quatre, Ellie se rendait compte qu’ils avaient beaucoup de chance pouvoir compter les uns sur l’autre mais surtout d’être tous ensemble. Ce métier avait cette faculté à pouvoir dévoiler le fait que notre vie n’était pas si difficile que ce qu’on voulait bien le croire bien au contraire, elle était à même de pouvoir offrir des instants de joie et de bonheur que d’autres mettaient énormément de mal à retrouver. La culpabilité arrivait toujours à un certain moment, puisqu’il était normal de désirer vouloir partager ce qu’on avait avec les autres. Pourquoi moi et pas l’autre ? Pourquoi ? Qui était la personne qui tirait les ficelles et qui définissaient que telle ou telle personne serait victime d’un mal ?  Visiblement une force supérieure devait s’y appliquer, à moins que cette secte ne soit pas totalement innocente des diverses frasques qui touchaient la ville de Redwood. L’assistante sociale était prête à parier que certains accident n’étaient justement pas dus au fruit du hasard mais bel et bien des poussées de ce fameux destin si horrible. Néanmoins, les preuves manquaient toujours pour accuser. Chacun des suspects tenaient toujours des alibis parfaits pour justifier que leurs inculpations seraient une erreur de la part de la personne qui aurait émis l’évidence. Ses yeux regardèrent le ventre de Benito se soulever paisiblement, comme si rien ne pouvait l’atteindre en cet instant précis. Seul son repos comptait et la facilité dans laquelle son existence s’inscrivait et suivait un rythme régulier. Cette vision lui arracha un sourire en coin alors que sa présence était surtout révélatrice d’une autre présence dans cette maison. Alarik reprenait doucement ses marques, ce qui veillait à ravir le cœur de la jeune femme. Leur quotidien reprenait de ses droits, incluant Mila à chaque instant ou presque et leur permettant surtout de pouvoir vivre ensemble. Rire, jouer, s’aimer, participer à l’élaboration de ce qu’une vie avait de plus beau à offrir et même plus encore. Tout donnait lieu à laisser le soleil entrer dans cette maison, le laisser l’illuminer par ses mille rayons pour ainsi bercer chacun des protagonistes dans cette chaleur réconfortante et à même d’élaborer un épanouissement de chacun. Pourquoi eux ? Et pas Jonathan Mills par exemple ? L’air triste revenait sur le visage de l’assistante sociale alors qu’elle inspirait une nouvelle fois pour se donner du courage et terminer son travail. Il fallait qu’elle parvienne à renforcer ses intentions, à trouver le courage nécessaire pour finir de prendre connaissance du dossier et ainsi participer au mieux à l’élaboration de ce dossier de pension. Cet homme le méritait, pour l’honneur de sa famille perdue mais surtout pour qu’il puisse essayer d’envisager une autre vie et ce même si la difficulté viendrait probablement le convaincre qu’il n’y pourrait rien et qu’il n’y arriverait pas.

Dossier terminé et notes prises, la jeune femme finit par ranger ce dernier dans son sac avant de retrouver ses clés de voiture. Alarik n’était pas à la maison pour l’heure, probablement devait-il être dans son ancienne maison à essayer d’écrire quelques articles pour son blog. Ellie ne put se retenir de sourire face à cette image qu’elle n’avait pas eu l’occasion de voir depuis longtemps et alors qu’elle tenait la poignée de la porte dans sa main, un souvenir lui frappa l’esprit. Ce dernier mettait en évidence le fait que le critique gastronomique lui conseillait d’amener Benito avec elle si jamais elle sentait que quelque chose n’irait pas. Etait-il réellement nécessaire qu’elle l’entraine avec elle ? Ce soldat ne se risquerait pas à la violenter, en revanche elle se doutait qu’il effectuerait très probablement quelques essais d’intimidation puisqu’il était certain qu’elle se ferait appeler « bureaucrate » à un moment donné. Son hésitation n’en devenait que plus palpable encore jusqu’à ce que finalement sa conscience Alarik ne gagne le dessus sur le reste et qu’elle finisse par entrouvrir la porte d’entrée. « Beni, viens mon chien. » appela t-elle en attendant que l’animal franchisse le seuil de la porte et la suive jusqu’à la voiture. Trouvant sa laisse dans le coffre, là ou elle se trouvait toujours, Ellie en profita pour la lui attacher avant de finalement prendre le chemin vers la ferme de Jonathan. Voisins depuis quelques temps, Ellie lui avait rendu visite une ou deux fois déjà sans grand succès. Se heurtant toujours à cette morosité qu’elle comprenait mais qui n’avait pas lieu d’être avec elle. L’homme s’enfermait derrière de véritables murailles que personne n’arriverait certainement à franchir. Ce qui l’isolait du reste du monde et donc du bonheur qu’il pourrait retrouver un jour. Mais pouvait-on lui en vouloir ? Personne n’était à même de pouvoir apposer  des mots face aux sentiments qui devaient le guetter. Ses fantômes devaient probablement le hanter jour et nuit et en cela même des pilules ne seraient pas la solution pour remédier à ce mal. Il fallait simplement qu’il réapprenne à faire confiance en quelqu’un ou en plusieurs personnes. Il fallait qu’il apprenne à vivre différemment sans pour autant oublier le passé.  Au bout de quelques pas de plus, Ellie appuya sur la sonnette qui bordait le devant de la ferme. Après quoi elle franchit le petit portail de cette dernière et parvint jusqu’au niveau de la porte d’entrée. « C’est Ellie Martell, votre voisine. Je viens pour votre dossier de pension. » Sa voix se fit plus forte au cas où il ne soit pas encore derrière. Et mieux valait-il se présenter plutôt que laisser le doute s’installer quand à l’identité d’une personne : encore un conseil d’Alarik. « Aux pieds mon chien. » ordonna t-elle à Benito dans une voix beaucoup plus douce de manière à l’inviter à s’asseoir à ses côtés et ainsi porter son attention sur la porte. « Je peux vous attendre dehors si vous le désirez. Je vois que vous avez une table sur le perron avec des chaises et vu le temps, on sera certainement mieux ici. » Bien sûr le caractère poli d’Ellie l’empêcha de se mouvoir jusque vers ce qu’elle émettait. Il ne fallait pas qu’elle le brusque sinon ils n’arriveraient à rien. Voilà pourquoi, elle se contenta de patienter sagement, Beni à ses pieds et sac dans sa main devant cette porte tout en priant pour ne pas se faire traiter de tous les noms d’oiseaux.


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Seule la Mort
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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Mer 9 Aoû - 21:35

La vallée est plongée dans la pénombre. La nuit est encore jeune, il ne fait pas encore totalement noir. Les rotors battent à toute vitesse au-dessus de nous. On nous a signalé une intense activité adverse sur le versant de ces deux cols qui montent au Pakistan, dans les jours qui ont précédé. Des patrouilles ont été envoyées dans les deux villages du coin. Au retour, en fin d’après-midi, le Humvee de tête a été pulvérisé par une mine, et les douze autres types se sont sévèrement fait canarder. Les français ont eu le coup la semaine passée, et ont perdu une section. Le temps que les Gunships se pointent, huit des douze mecs se sont fait tuer. Oncle Sam n’aime pas trop perdre des gosses de vingt ans qui jouaient encore au football au lycée l’année passée. L’Army a fait ce qu’elle a pu mais ils n’ont retrouvé personne. On m’envoie en mission régler le problème ; l’axe de retraite des insurgés a été identifié et on nous a affrêté deux hélicos qui ont décollé à neuf zéro-zéro. Une heure de vol, quasiment, et deux détours pour leurrer les observateurs ennemis sur les lignes de crêtes des montagnes environnantes. Le vent frais de la nuit afghane me fouette le visage. Il me rafraîchit le cuir chevelu en s’insinuant sous le casque par la force de battement des pales immenses au dessus de nos têtes. En bas, tout semble calme. Les pentes rocailleuses sont silencieuses. J’ai eu trente ans hier. Et mon brevet de lieutenant est arrivé l’avant-veille. Pour fêter ça, l’Etat-Major a enclenché la phase 3 de sa stratégie, celle qui nécessite des hommes aguerris. Des hommes prêts à tout. Navy Seals. Bérets Verts, commandos parachutistes. Ces unités volent vers l’extrême-est et le sud du pays. Nous autres, c’est ici que notre tâche nous a été assignée.


L’Afghanistan devra être gagnée dans les cœurs et sur le terrain économique, pendant que l’armée maintient un statu quo brutal et sans concession. L’ennemi a outrepassé les « règles » de cette drôle de guerre en tuant tout le monde, tout à l’heure. Il a arrêté sa doctrine d’attaque des avant-postes et de pièges sur les routes de patrouille. Il lance des offensives, s’appuie sur des villages qui collaborent. Comme ceux-ci. J’ai l’estomac noué à l’idée de ce qu’on nous demande. Mais c’est le plan. Le général nous a expliqué que c’était comme ça qu’on gagnerait la guerre, qu’on ferait une Afghanistan libre et démocratique. Certains de mes hommes font ça par conviction, d’autres par devoir. Un ou deux d’entre eux le fera par désir. Cela m’écoeure et je crache dans le ciel la bile qui me monte à la gorge.


Les hélicos amorcent leur descente et nous nous dispersons autour. Fusil épaulé, lunettes infrarouges vissées sur le casque et descendues devant les yeux. Les Fantômes de la sixième compagnie des Bérets Verts se dispersent alors que déjà, les hélicos redécollent dans un terrible fracas de fin du monde. Je fais signe à tout le monde d’avancer. Nous avons deux kilomètres à parcourir. Un point A, à un point B. Aucun arrêt. Pas de pitié, pas de prisonnier. De nombreux soldats de la coalition sont morts depuis huit jours et le commandement a défini trois « Killing Zone ». La nôtre est la KZ2. Les premiers coups de feu claquent. Pas de silencieux ; on ne veut pas être discrets. Les chèvres sont abattues. Les chiens, quand on arrive au village. Des coups de feu claquent dans notre direction et Anders est légèrement entaillé à l’avant-bras par un éclat. On progresse avec des rafales courtes et précises. Des silhouettes partout, chancellent sous les coups de feu. Je vide un premier chargeur. Les villageois essaient de s’enfuir dans la montagne. Le deuxième groupe les prend à revers pendant qu’on nettoie maison après maison les derniers survivants. Un vieux tend vers moi un vieux Dragonev russe, de la guerre de 79. Il est tellement perclus d’arthrose qu’il n’arrive pas à tirer. Je l’abats. Technique de commando ; deux balles dans le torse, une troisième dans la tête, juste pour être sûr. On avance encore. D’autres coups de feu, des kalach répondent aux M4 de mes équipes. Les renseignements avaient raison ; l’endroit cachait des terroristes.


Depuis le côté d’une maison, je lance une grenade par la fenêtre de la suivante. Boum. Hurlements. J’ai la nausée de ce carnage si facile, si simple à orchestrer. On rentre dans la maison qui vient de péter et on abat les survivants. J’en ressors avec le tourni. Et suis face à un gamin qui m’aligne avec un scorpion, un petit pistolet-mitrailleur de contrebande. Le gosse doit avoir quoi, dix, douze ans ? Derrière lui, le corps d’un homme et d’une femme. Ses parents ? Je pense douloureusement à mes propres filles. A ma femme. A cette heure-ci, elles doivent être en cours ou au boulot, voyant des amies. Ma carabine se redresse et aligne le pointeur de tir droit sur son front. Une fois la mire alignée, je lâche la poignée du M4 et baisse la main gauche pour essayer d’apaiser le petit. Les ordres sont les ordres, mais ce cas-ci fait figure d’exception. L’armée a fait de moi un tueur, mais il me reste encore quelques principes. Pas si je peux l’éviter. Pas comme ça, les yeux dans les yeux. Je lui fais signe de me filer son fusil tout en le braquant encore, au cas où. Le gosse tremble de partout. Il fait « non » de la tête et plaque sa deuxième main sous le canon alors que son doigt glisse sur la détente.


Au moment où j’ouvre le feu, je n’entends plus que les hurlements stridents de ma propre fille.


J’ai l’impression qu’on m’a roulé dessus, quand j’ouvre les yeux en gueulant comme un damné. C’est terrible, ce genre d’impression. Même ouvrir mes paupières m’en coûte et mes yeux me brûlent quand je me rends compte qu’en m’effondrant sur le lit, j’ai laissé les volets de bois grands ouverts. Je ne peux plus rien faire contre ça mais toute la surface autour de mes paupières me fait mal, et je sens que les poches que j’ai sous les yeux sont toutes gonflées, douloureuses, dures même, tant elles ont gonflé sous l’effet de la fatigue, du stress, de l’épuisement extrême que je ressentais. Mon cœur bat la chamade dans ma poitrine, il cogne à tout péter. Haletant, j’ai du mal à reprendre mon souffle. Je suis couvert, que dis-je, trempé de sueur. Je grimace en réfrénant ces sanglots amers avec lesquels je me réveille parfois. Je me tourne vers ma table de chevet, j’engloutis deux cachets en les faisant passer avec ce vieux whisky du Tennessee dont j’ai fait de gros stocks la dernière fois que je suis allé chez un grossiste.


Il me faut une heure pour émerger, pour me calmer, alors que je galère comme pas possible à reprendre ma respiration, à me calmer, à évacuer le stress et la panique qui m’empoisonnent les sens. Je ne suis plus là-bas. A vrai dire, je ne suis même plus vraiment ici.


Je pleure devant ma gueule de meurtrier, yeux rouges, poches sous les yeux, plaie et points de sutures sur le front, lèvre fendue, œil au beurre noir et ecchymose du sourcil à la pommette. Je me brosse rageusement les dents en me dévisageant dans le miroir. Je dois le faire à plusieurs reprises pendant une dizaine de minutes le temps de faire passer l’odeur. Je prends ensuite ma douche, respirant difficilement à cause des bleus sur mes côtés, mais même ainsi j’échoue à m’y noyer. Lorsque je sors, je m’habille en vitesse. Jean. Chemise pas totalement fermée. Il fait chaud, aujourd’hui, et maintenant que j’ai les yeux bien ouverts, la lumière me blesse moins. Je me fais chauffer une boîte de haricots, n’ayant toujours aucune idée d el’heure qu’il est, quand quelqu’un vient sonner.


Je fronce les sourcils. Qui vient ? Ellie Martell ? L’espace d’un instant, je ne comprends pas, je ne me rappelle pas. Mais ça revient finalement, en un éclair, comme si ma mémoire essayait de se rattraper de m’avoir joué des tours. La pension. La voisine. Elle m’appelle, et n’a pas l’air de vouloir repartir. De toute manière elle a dû voir ma caisse. Mais elle a raison. Je dois remplir mes papiers. Et je dois essayer de réintégrer le service actif à la DIA pendant que c’est possible. Je peux vivre de ma retraite militaire, mais ça aurait l’air louche que le « capitaine » Mills reste enfermé chez lui ; je devais donner le change. Je mets un moment toutefois à aller ouvrir, pas avant d’avoir enfilé des chaussettes et des chaussures en tout cas, et pas sans avoir non plus rangé les quelques bouteilles qui traînaient tout en espérant que ça ne soit pas les dernières. Je sors et m’avance sur le perron, lui tendant une main mal assurée.



| Bonjour Ellie. Je, euh… je suis désolé d’avoir un peu traîné. Je ne m’attendais pas à avoir de la visite. Mon dossier de pension, du coup ? Je pensais que j’étais en règle. Je veux dire… Je ne savais pas que mes versements allaient être modifiés… |


Je vois le chien qui l’accompagne. Je m’accroupis face à lui, lui fait sentir ma main. Je souris. Et alors que le chien me regarde à son tour, j’ai un flash ; je porte des mitaines kaki et l’autre chien, plus gros, essaie de m’entailler à coups de dents. Ma lame plonge sous sa fourrure. Je dois me secouer la tête pour me virer ces souvenirs d’un autre temps. Bien sûr, Ellie me dévisagea, vue ma tronche de cake.


| Euh… J’ai eu quelques divergences avec un type, mais rien de grave, je vous assure. On commence ? |


Je ne me rappelais pas très bien de noptre dernière entrevue ; je me rappelais que j’étais rond comme une queue de pelle et que je tenais à peine debout. Là, je n’avais pas encore eu le temps de me poivrer, et ce n’était pas plus mal. C’était peut être parce que la première fois je n’avais pas fait super bonne impression que l’on me demandait de corriger ma situation…


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"Sin of the time, of the minds,
Are we ruining ourselves
Melting ligns, mixing signs
Pictures stuck in my head
Wanted more than a man
Teasing all kinds of brains
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Then cry after you failed
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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Mer 23 Aoû - 9:13

Une main tendue est le début d'un soutien


Jonathan & Ellie

Le travail d’assistante sociale nécessitait de la dureté dans son comportement. Du coffre, comme beaucoup se plaisaient à le rappeler, alors que certains cas savaient prendre les protagonistes à revers et les plonger tout droit vers de l’empathie. Ne pas s’attacher. Ne pas trop s’impliquer non plus. Toute une série de tests protocolaires et mécaniques avaient pu voir le jour depuis de nombreuses années à présent et pour chaque cas, il se fallait adopter un recul indéniable. Cela s’avérait difficile pour certains patients, tant l’ampleur de leur histoire pouvait rappeler parfois ce que nous avions vécu. L’attachement existait malgré ce qu’on voulait bien faire croire, il s’agissait là d’un fondement même de l’humanité. D’un mal pour un bien comme aurait pu le décrire la jeune femme qui on ne lui avait demandé. Bref, les assistants sociaux n’étaient pas des robots, capables d’enfermer à double tour leurs sentiments face à des cas désespérés. Il y avait toujours cette part de bienveillance et de générosité qui s’extirpait de leur cœur afin d’oser rêver en un meilleur pour certaines personnes. Ils se heurtaient devant les injustices de manière permanentes et sous diverses formes. Parfois avocats du diable, ce qui primait n’était autre que la sécurité et le bien être de celui où celle qui était dans l’incapacité de s’orienter seul ou seule. Rien d’autre. Et ce même si la difficulté perdurait encore et encore et faisait reprendre le dossier pour une énième fois de manière à élaborer un autre point de vue. Celui qu’ils n’avaient pas envisagé encore, celui qui aurait peut être pu tout changer et accorder une once de répit à tous ces conflits. Ellie avait appris à ne plus se leurrer pour certains patients. Songer que les histoires de famille s’estomperaient pour disparaître complètement n’était autre qu’une utopie qu’elle ne désirait plus fonder dans ses attentes. L’impossible était inaccessible. Néanmoins, apaiser les tensions était une aubaine qu’elle était à même de pouvoir émettre dans la mesure où les protagonistes étaient favorables à la discussion. La communication était bien souvent le vecteur des problèmes. Une plaie à part entière qui constituait les trois-quarts de toutes ces histoires. Les gens ne savaient pas parler entre eux, ou craignaient décevoir, parce que le regard des autres était aussi important que leur propre vie. Qui était-elle pour juger de ce fait ? N’était-elle pas un exemple de cette tare ? Si seulement, elle avait pu appliquer les conseils qu’elle donnait aux autres, peut-être sa famille n’aurait pas été une victime de ce mal. De cette maladie qui avait raison des cœurs de chacun pour y plonger des noirceurs bien profondes et véritables. Néanmoins, la deuxième chance s’était avérée un remède bien efficace. Un renouveau grâce auquel, l’espoir renaissait de ses cendres et mettait en évidence le fait qu’il était possible d’affronter ses peurs les plus profondes dès lors que la confiance s’avérait puissante. Qu’est-ce que le regard de l’autre alors que nous ne lui parlions pas ? Nous n’avions aucun droit au sujet de cette élaboration qui visait à nous laisser croire que toute tentative serait vaine. Pas alors que chaque personne constitue une part d’humanité à part entière et que cette dernière sait être présente dans les moments les plus difficiles. S’isoler, s’enfermer, se recroqueviller sur soi-même n’était pas la solution à adopter. Pas alors que les proches ou même les amis prouvaient par leur présence que la confiance qui les habitait était sincère et véridique. Surtout pas alors que les mains se tendaient sans même qu’on ne les demande. Etait-ce un mal que de saisir ce que l’on nous présentait ? Le mal résidait plutôt dans ce jugement que l’on pouvait émettre et qui veillait à isoler cette fois ceux qui étaient présents. Vivre ensemble ou mourir seul. De nombreuses théories et histoires rappelaient bien souvent que l’Homme avait besoin d’une communauté pour prospérer et s’établir. Certes, les évolutions avaient eu raison de cet esprit pour dégager cet individualisme propre aux pays développés, mais dans le fond, cet inné restait présent dans le fond de chaque personne, même des plus solitaires.

Patiente devant la porte d’entrée du Capitaine Mills, la jeune femme songeait à ces diverses idées dans le même temps qu’elle caressait le haut de la tête de Benito. L’armée était une épreuve pour beaucoup de soldats, si ce n’était tous. Un berceau dans lequel les principes et les valeurs se juxtaposaient les uns sur les autres de manière à prouver de cette cohésion de groupe. Beaucoup se sentaient invincibles parce qu’ils portaient une arme. D’autres, au contraire, vivaient en permanence ce qu’ils avaient connu sur le front. Mais tous s’accordaient sur le même message : ils y avaient connu les pires horreurs. La mort, la peur, le cauchemar, l’injustice, l’assistante sociale se souvient encore des pleurs de ce jeune homme qu’elle avait tenté de raisonner lorsqu’il lui avait avoué sa déception quand à ce qu’on lui avait dit. On leur rabâche sans conteste que ce qu’ils font est bien pour la patrie, qu’ils doivent être des exemples pour les générations à venir, qu’ils seront inscrits dans l’histoire et qu’il n’y a rien de plus gratifiant que de pouvoir servir son pays. Coller des armes à des jeunes d’une vingtaine d’années est-ce réellement cela servir son pays ? Les asséner d’ordres qui visent à tuer femmes et enfants, est-ce véritablement là l’exemple pour les générations à venir ? Le traumatisme était parfois bien trop ancré dans l’esprit d’une personne pour oser envisager l’idée qu’il disparaisse à jamais. Il n’était pas nécessaire de se leurrer sur la chose, jamais on ne pouvait oublier les horreurs d’une guerre. On pouvait apaiser ces tourments en pratiquant diverses tentatives curatives oui, mais l’effacer complètement était aussi idéaliste que d’oser croire que le monde serait en paix. Un soupir échappa d’entre les lèvres de la jeune femme au moment où l’impuissance donna lieu de l’habiter devant cette porte. Les souvenirs de leur dernière rencontre lui revenaient en mémoire à mesure que les tintements des bouteilles s’élevaient de l’autre côté. Serait-il à nouveau saoul ? Ellie espérait qu’au moins cette fois, Jonathan parviendrait à aligner deux phrases sans se mettre à rire come un idiot et en la prenant de haut « parce qu’elle ne comprenait rien ». Autant l’avouer, elle n’était pas rassurée et cet état d’âme ne se tarit pas au moment où la porte s’ouvrit enfin, dévoilant un homme marqué un peu partout sur son visage et au regard froid. S’était-il battu ? Cette question purement rhétorique trouvait réponse seule dans son esprit alors qu’elle reconnaissait là des traces qui témoignaient de cet état de fait. Il n’avait pas pu s’infliger ce mal en tombant de son lit. Un hoquet de stupeur lui échappa même si elle se confortait dans l’idée que le ton qu’il employait n’était pas mauvais. Sa main dans la sienne, elle fronçait doucement ses sourcils de manière à anticiper la réaction du capitaine concernant son éventuelle ébriété. Et déjà, elle se rassurait avec l’idée qu’il était dans un état normal. Sa voix lui indiquait ce facteur, tout comme les termes qu’il employait pour ainsi lui prouver qu’il n’allait pas la juger, du moins pas encore. « Il n’y a pas de mal, j’aurai surement mieux fait de vous appeler avant de venir. Des deux, je suis celle qui est en tort. » Un mince sourire venait tout juste de s’étirer sur l’embrasure de ses lèvres au moment où elle relâchait sa main et hochait de manière affirmative sa tête pour le rassurer. « Oh non, il s’agit juste d’un contrôle de routine rien de plus. Vous savez l’administration demande souvent des contrôles dès qu’il s’agit de donner de l’argent. » Son ton se voulait rassurant, du moins elle l’espérait alors qu’elle se reculait pour se diriger vers la table qu’elle avait indiqué toute à l’heure. Rester à l’extérieur ferait certainement le plus grand bien au jeune homme. Surtout alors qu’elle prenait à présent conscience –grâce à la luminosité du jour- de l’état de ses yeux. Il avait pleuré. Encore une caractéristique des soldats qui vivaient leurs fantômes aussi bien le jour que la nuit. Surtout la nuit. Leur inconscient leur jouait des tours et les plongeait à nouveau vers les pires instants qu’ils avaient pu vivre. Silencieuse quand à ce sujet, Ellie n’en gardait pas moins sa place et savait très bien que parler d’un tel sujet était parfois synonyme d’un enfermement conséquent. « Il s’appelle Benito. » l’informa t-elle au moment où la main de Jonathan cherchait à se faire connaître et accepter du Pitt Bull. Autant se confier à son tour et établir une relation où tous les deux se feraient confiance dès le départ. Enfin, elle espérait que ce simple nom saurait trouver un soulagement dans l’être du capitaine, puisqu’elle livrait aussi un peu de sa vie. « Nous nous installons dehors alors ? » Elle préférait le lui demander pour ne pas le brusquer et pour ne pas qu’il pense qu’elle était celle qui tenait les rennes de cette entrevue. Pour tout avouer, le rôle d’Ellie était plutôt de s’adapter aux autres et non pas leur imposer des choses. Elle attendit patiemment une réponse et se décida à s’installer sur l’une des chaises, Benito ne tarda pas à se coucher juste à sa gauche avant que finalement Jonathan se justifie sur son état.

La jeune femme n’hésita pas une seconde à redresser ses yeux, cherchant une nouvelle fois à détailler l’ensemble du visage du jeune homme. Elle ne savait pas très bien si elle adoptait la bonne réaction néanmoins, elle voulait lui montrer qu’elle n’avait pas peur. « Vous savez que vous devrez m’expliquer ce qu’il en était réellement avec ce quelqu’un. » lui spécifia t-elle tout en arquant son sourcil et essayer de garder un minimum son sérieux. Car la réalité était toute autre, elle n’était pas sa psychologue, ni même un médecin, les seuls compte qu’il avait à lui rendre n’étaient autre que cette paperasse administrative qu’ils allaient remplir ensemble. « Je plaisante… Les seules activités qui m’intéressent sont celles que vous pratiquez de manière légale. Même si je suis tenue de vous informer que tout le reste peut jouer contre vous si la police vient à le déclarer. » Elle lui prouvait de sa bonne volonté, puisqu’elle aurait du le renseigner aux services de l’ordre, mais son empathie lui soufflait de lui faire confiance. Après tout, il était bien sobre devant elle cette fois, il y avait un mieux. « On commence oui. »  S’empressant de se saisir d’un stylo, l’assistante sociale veilla à relire pour une fois de plus les quelques informations qui définissaient le jeune homme avant de finalement prendre une grande inspiration. « Quelles sont les diverses dépenses que vous effectuez dans le mois ? Nourriture ? Loyer ? Emprunt ? Soins ? Voiture ? » Elle releva son regard pour essayer de vérifier de la bonne entente entre eux. « Il se peut qu’on me demande de les vérifier, donc si vous avez des preuves avec des tickets de caisse, des ordonnances et des contrats, ce serait avec joie que je les accepterai. » Oui le métier d’assistante sociale pouvait être assez intrusif dans une vie personnelle. Néanmoins, certaines personnes avaient besoin de cette aide pour gérer son argent et ne pas se retrouver couvert de dettes. « D’ailleurs comment vous vous y prenez dans vos économies ? Je veux dire… Tout va bien ? Les banquiers ne vous convoquent pas tous les trois quatre matins ? » Cette fois-ci, la question ne faisait pas partie du formulaire mais bel et bien de cette relation de confiance qu’elle voulait établir entre eux. Jonathan méritait de pouvoir reposer sur quelqu’un d’un point de vue autre que celui qu’on retrouve dans ses amis ou sa famille. Il n’était pas seul et Ellie entendait bien le lui montrer.



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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Dim 27 Aoû - 23:09

Il y avait des choses dont on n’arrivait jamais à se pardonner. Un comportement absurde, méchant, vil, une minute d’inattention ou peut être, des non-dits. Beaucoup de soldats que j’avais croisés et quantité de ceux avec qui j’avais servi étaient de cet acabit. En fait, tout roulait toujours lorsque nous étions sous les drapeaux, quand on portait l’uniforme. On continuait l’entraînement, la préparation, on continuait d’enclencher chaque jour la même routine, se défonçant le reste du temps à l’adrénaline la plus pure. Celle qui fait la différence entre la vie et la mort, celle qui permet de se sortir des pires coups fourrés, d’avoir le réflexe qui tue… au sens littéral. Tué ou être tué, ça n’était pas qu’une belle parole. Bien sûr on avait encore le choix dans toutes les étapes qui précédaient le moment où l’on choisissait sciemment de presser la détente. Une fois qu’on était devant le fait accompli, devant la fraction de seconde nécessaire à faire basculer sa vie et celle de quelqu’un d’autre du même coup, il était déjà trop tard, de fait. Je savais que j’avais fait des trucs vraiment dégueulasses. J’avais toujours estimé qu’une forme de justice dans ce monde était parée des pires horreurs, et que ce travestissement laissait un goût amer à quiconque souhaitait la dispenser. Elle était toujours justice malgré tout. Mais je savais aussi qu’il y avait des actions purement gratuites, décidées sciemment, que j’aurais pu éviter. Je savais que quelque part, je payais aujourd’hui toutes ces mauvaises actions décidées, je le pensais, par le bien de tous, par l’intérêt commun. Mais je savais aussi qu’il y avait eu des égoïsmes. Et surtout, de véritables égarements. Je m’étais perdu moi-même toutes ces années. IL n’y avait pas que ma femme et que mes filles qui ne me reconnaissaient pas. Parfois, lorsque je me regardais dans une glace, j’avais l’impression que ce n’était pas moi que je regardais, mais quelqu’un d’autre. C’était pire encore lorsque je contemplais ces mains larges, dures, calleuses. Qui avaient étranglé des gens jusqu’à ce que mort s’ensuive, ou qui avaient manipulé des engins de mort avec expertise. Mais au fond je savais que ces faux-semblants n’étaient jamais que les réminiscences, les résistances, d’une conscience sans cesse muselée et disciplinée pour accomplir mes desseins.


Lorsque j’émergeais, j’étais ébloui par la lumière, surpris par la visite et un peu curieux vis-à-vis du chien. Et aussi des raisons de la venue de la « voisine », même si ma ferme était un peu excentrée. C’était bien le seul avantage de cette vieille bicoque héritée par Shandra un an avant sa mort. Près de deux ans plus tôt s’étaient écoulés depuis que j’avais foulé pour la première fois le pas de cette porte. Et plus que jamais maintenant, cette baraque puait la mort, la défaite, le désespoir. C’était désagréable, vicié, je me sentais malgré tout chez moi. Comme s’il me fallait un environnement de ce genre pour me sentir épanoui. Allez comprendre. Je sens que la voisine se tend, comme si elle cherchait à quoi elle devait s’attendre en constatant que j’avais la gueule en vrac et que de toute évidence, j’avais rencontré quelques problèmes. Nous nous serrons la main et elle s’excusait, mais j’essayais de me montrer autant civil que courtois que possible, essayons un peu de dissiper quelques nuages à l’horizon Jon… Je fronçais les sourcils alors qu’elle évoquait l’argent. Je n’en avais pas vraiment besoin ; pendant toutes ces années en opérations, je multipliais par trois mon salaire de base et je touchais de grosses primes. J’étais à l’abri du besoin pour un moment, et en dehors de l’alcool je vivais chichement.



| Oh ? Il est question de ma retraite militaire ? Normalement j’ai tous mes droits acquis, non ? |


Je ne la traitais pas de menteuse, loin de là, mais mon ton interrogateur dénotait surtout de l’incompréhension. Je n’avais jamais connu quiconque à qui l’armée avait fait des misères. Quand on était officier et qu’on avait passé plus de dix ans en unité de combat, on pouvait prétendre à la retraite militaire. Rien de bien terrible en soi niveau pognon, ce n’était pas comme quitter l’armée gradé et à soixante piges, mais ça faisait un joli complément à un vrai salaire. Et c’était sans doute là que le bât blessait ; mon salaire. Je n’étais pas allé bossé depuis huit mois, depuis le décès de ma femme et de mes filles. On m’avait mis en congé forcé, sans mon arme ni mon badge, ni mes accès, mais en théorie toujours avec mes pépéttes. Pas que j’y tenais mais si on me coupait ces revenus, ça voulait sûrement dire qu’on ne voudrait bientôt plus de moi de manière officielle au bureau. Surtout si je ne passais pas bientôt devant un des psys de l’agence. La voisine me dit que son chien s’appelle Benito. Drôle de nom que celui d’un dictateur. Benito à l’armée, c’était ce fils d’immigrés italiens un peu chelou sur les bords. J’eus du mal à ne pas sourire à l’évocation de ce souvenir, confirmant d’un geste de la main et d’un signe de tête qu’on pouvait s’installer dehors.


| Oh oui, ce sera plus simple. Allez-y je vous en prie. Vous voulez du café ? |


Ca faisait toujours bien de le proposer, quand on recevait du monde à la maison Shandra était toujours contente de pouvoir le faire. Nous nous asseyons tout de même, le chien prend place mais je n’ai pas encore l’impression d’être tiré d’affaire. De toute évidence, les marques que j’arbore sur la tronche sont autant de points d’interrogation pour l’assistante sociale. Bien sûr, elle s’interroge, mais elle noie ensuite le poisson dans la réelle raison de sa venue. Elle sort ses affaires dont un stylo ; je suis bon pour un nouvel « audit » de mon existence. L’administration américaine adorait la paperasse, les rapports,les comptes rendus. Je haussais les épaules. Autant jouer cartes sur table. Autant aller dans le fond des choses. Je me raclais la gorge avant de lui répondre, de lui en dire plus que ce qu’elle m’avait vraiment demandé.


| C’était légal. Enfin je veux dire… Sans doute qu’on aurait pu me reprocher un trouble à l’ordre public mais rien de plus. Un type dans un bar que j’ai bousculé sans faire gaffe a insulté ma femme de… bref. J’étais saoûl et je l’ai pas encaissé, alors on a eu une discussion un peu vive. |


Ce qui n’était pas totalement faux, sauf que ce mec-là n’était qu’un connard de Redneck qui n’avait pas réussi à me toucher. Mes marques je les avais de bagarres bien plus graves, où j’avais pris des coups qui visaient à me neutraliser… Alors que je commettais des meutres. Deux, en fait, ces dernières semaines. Le rythme s’accélérait et la situation menaçait d’échapper à tout contrôle. Quant au pognon… je me grattais la nuque, cherchant visiblement dans mes souvenirs à ce sujet.


| En fait, je paie surtout en liquide. Vieille habitude. Je n’ai pas de gros besoins. La maison était à ma femme, elle en a hérité il y a deux ans. C’est ça qui nous a fait venir ici. J’utilise surtout mon argent pour de l’essence, et… Bon. Pour les bars quoi. Mais ça n’engloutit pas des fortunes ; je passe l’essentiel de mon temps ici. J’essaie de faire le point. De me ressourcer, quoi. Je pense beaucoup au boulot. J’aimerais bien le reprendre. J’imagine que ça achèverait de rassurer mon banquier, même si je n’ai jamais rencontré le type qui gèrait nos comptes avec Shandra. Je dois quand même pouvoir retrouver quelques tickets de caisse et je dois pouvoir justifier des sommes en liquide… Si je me trompe pas je dois être à environ cent dollars par semaine pour la bouffe et les « extras ». Cinquante dollars par consultation chez le kiné. Entre l’armée et l’accident ma jambe gauche a pris un sacré choc, j’ai une prescription et je paie par carte. Ensuite je n’ai que quelques bricoles. Je n’ai pas de prêt ni rien qui court, on vivait avec ce qu’on avait, avec ma femme et mes filles. Et ma pension plus mon salaire et surtout, celui de ma femme qui bossait en cabinet libéral, ça roulait. Surtout depuis qu’on est venu vivre ici, en fait. Sans loyer et avec des frais de voiture moindres… Et comme je ne bosse plus depuis l’accident, le train arrête de me coûter un bras. |


Bon, c’était décousu mais sincèrement, tout devait y être, en tout cas l’essentiel ; vivre à Redwood ne me coûtait pas grand-chose, comparée à la vie à Washington.

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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Mer 13 Sep - 15:01

Une main tendue est le début d'un soutien


Jonathan & Ellie

Peut-être aurait-elle du prévenir de sa visite ? Peut-être aurait-elle du le convier à le rejoindre dans son bureau de manière à ce que l’atmosphère soit plus impartiale ? Plus elle patientait devant sur le perron et plus l’assistante sociale en venait à se poser des questions qui se voulaient enclines à attiser un peu plus son appréhension. D’ordinaire, elle faisait confiance à son instinct, à cette répartie qu’elle avait su acquérir au fil des années mais surtout selon son expérience. Tendre sa main vers les autres était pour la majorité bien interprétée et un vecteur sensible d’amener un renouveau pour qui voulait bien la saisir. Néanmoins, il pouvait s’avérer être aussi une tentative vaine, un enfermement dans lequel la personne qui réfutait ce droit, s’isolait plus que de raison, laissant ainsi la colère et la violence prendre le dessus sur le reste. Personne n’était à même de pouvoir connaître parfaitement autrui. Personne n’était en mesure d’anticiper les agissements et les réactions de l’autre. Pendant de nombreuses années, Ellie avait cru être en mesure de croire passer outre les mailles de ce filet, être celle qui saurait livre dans les autres comme dans un livre ouvert, pourtant elle en était bien incapable. Elle l’avait d’ailleurs prouvé dernièrement et tendait à accepter d’en tirer des leçons, ses propres leçons, selon lesquelles il fallait toujours laisser le choix aux autres. Leurs accorder un peu de cet inattendu pour ainsi partager ensemble un tout qui s’avérait plus constructeur, beaucoup plus à même d’affronter les aléas de la vie que si on pensait pour eux. Chaque personne était libre de son propre choix mais surtout libre d’agir comme bon l’entendait. Parfois fallait-il se montrer téméraire pour leur prouver que la solitude n’était pas une solution, même si, prendre du recul était aussi une bonne chose. L’assistante sociale se heurtait à une nouvelle énigme : celle de trouver le juste milieu de manière à pouvoir apporter un apaisement et une aide dans le même temps. Ainsi, les personnes pourraient n’en ressortir que plus grandes, plus à même de s’ouvrir à cette vie devant laquelle ils devaient apprendre à tenir tête. Bien sûr, chaque cas était unique et ne pouvait pas prétendre aux mêmes étendues. Et pourtant l’universel quand à  la survie demeurait. On pouvait avoir perdu des êtres chers, on pouvait désirer rester seul, on pouvait aussi ne plus croire en rien, la nature humaine était faite de manière à ce qu’on daigne survivre malgré tout. Pour un souvenir, pour un espoir, pour une surprise, le cœur était unanime à ce sujet : il fallait tenir pour avancer. Alors les appréhensions s’étaient abaissées, s’enfonçaient même dans ce désir de vouloir aider pour permettre à l’assistante sociale de prendre son courage à deux mains et d’oser tendre sa main en direction de cet homme en mal de tout. A peine avait-il ouvert la porte d’entrée, qu’elle se heurtait à cette même image. Celle d’un homme meurtri, abusé par les évènements et d’autant plus blessé à l’intérieur que ce qu’elle pouvait admirer de l’extérieur. Jonathan avait besoin d’aide, quoi qu’il puisse en penser, qu’importait ses tentatives de menaces auxquelles elle avait déjà eu droit. Il était un homme dont la vie n’avait pas souri et il demeurait être un homme dont le respect se devait de rester intact. Un homme qui avait su défendre sa patrie corps et âme avant d’être une victime de ses aspirations. Il y avait du bon en lui. Son passé pouvait en témoigner, mais surtout ce présent qui les amenait tous les deux à pouvoir profiter de la présence l’un de l’autre. Il méritait un peu de ce recueil dans lequel il pourrait se reposer, de cette oreille grâce à laquelle il pourrait laisser aller ses craintes, de cette épaule sur laquelle il pourrait pleurer. Parce qu’avant d’être un soldat, il avait été ce petit garçon qui avait probablement du se réfugier dans les bras de sa mère pour un peu de réconfort. Il avait été cet adolescent peut être isolent, mais toujours chargé de cette joie de vivre, il avait été ce mari qui avait su aimer sa femme et il avait été ce père dont la fierté avait été ôté bien trop tôt. En somme, Jonathan Mills était un être humain à part entière, qui méritait de connaître à son tour, ce qu’il avait pu offrir aux autres mais surtout qui méritait cette gratitude que beaucoup lui claquait sur le nez. « Oui bien sûr vous les avez. Il s’agit juste d’un récépissé de plus à remplir, rien d’alarmant. » Malgré les apparences, Ellie se sentait toute petite devant Jonathan. Parce qu’il disposait de ce charisme propre aux carriéristes de l’armée qui imposait d’une certaine droiture respectable et d’autant plus imposante qu’elle ne pouvait pas laisser indifférente.

Heureusement, la bienséance de son hôte visa rapidement à éloigner cette sorte d’appréhension au profit d’une ambiance plus légère voire même plus cosy. L’assistante sociale eut l’impression d’avoir un peu plus de reconnaissance à l’égard de sa profession alors que tous les deux se dirigeaient naturellement vers la table sur la terrasse. Intérieurement, la jeune femme émit l’hypothèse que cette rencontre et cette discussion pourrait amener un peu de légèreté au capitaine. Parce qu’il prendrait l’air mais surtout parce qu’il se trouverait sur son territoire à lui et non pas enfermé entre quatre murs.  D’ailleurs lui semblait-elle y entrevoir un peu de cette attention au moment où un mince sourire donna lieu de s’étirer sur les lèvres du jeune homme. Naturellement, Ellie y répondit tout en appréhendant les réactions de Benito. Mais ce chien n’était pas méchant pour un sou et ce malgré les diverses polémiques qui entouraient les races des Pitt Bull. Au contraire, il était comme on l’avait élevé et aussi bien Alarik que Mila ou elle avaient toujours fait en sorte de lui enseigner les règles primordiales de non violence malgré ses instincts parfois impulsifs. Elle se contenta alors de materner un peu plus cette découverte de l’un et de l’autre, laissant par ce biais la nostalgie illuminer pour quelques secondes son regard, avant de finalement rejoindre la table en question. Elle s’y installa sans se faire attendre et redressa ses yeux, surprise, de la commodité devant laquelle elle pouvait faire face. Jonathan lui donnait l’air de recouvrer de l’humanité par des attentions qui savaient accommoder et rassurer le reste du monde, l’espoir prenait sa source petit à petit dans son cœur. « Pas pour l’instant je vous remercie, mais peut être plus tard. » lui répondit-elle avec sa bienveillance alors qu’elle extirpait doucement les documents qu’ils devraient remplir ensemble. Elle se détendait à vue d’œil, surtout devant la coopération qu’elle ne cessait de reconnaître aux travers les diverses curiosité du jeune homme. Ceci eut le don de la détendre un peu plus, lui accordant ainsi le privilège de se montrer un peu plus familière. Elle ne voulait pas l’offusquer, ni même émettre un jugement, ce n’était pas son rôle et encore moins sa place. Les informations qu’elle pu recevoir à la suite de son anodin ramenèrent bien vite le sérieux et le professionnel. Son regard n’en devenait que plus à même de partager son écoute alors qu’elle ne quittait pas le sien. Il pouvait même déceler l’apparition d’un sourire triste se dessiner sur le coin de ses lèvres devant son récit. Une part d’elle comprenait les enjeux de son acte passé, de cette activité nocturne qui aurait pu virer au drame si jamais les forces de l’ordre s’y étaient interposées. Et pouvait-elle l’en blâmer ? Elle n’était pas veuve, et ne voulait jamais le devenir. L’idée même qu’on lui arrache Alarik lui était insupportable. Alors comment en vouloir à un homme qui désirait simplement préserver l’intégrité et l’honneur de son amour passé. Ellie se mit à culpabiliser en raison de ses dires. Elle avait simplement voulu lui offrir une occasion de plus pour s’en sortir, pas lui faire ressasser un passé qui le hantait constamment. « Je n’ai pas de plaque et encore moins de formation concernant l’ordre. » Un sourire entendu, un regard partagé, Ellie espérait que Jonathan décèle dans sa réaction quelque chose de bon et d’amical. Pourtant, elle se concentra à nouveau sur les raisons pour lesquelles elle était venue à son encontre. L’administration lui demandait de réaliser des contrôles afin de se rendre compte des facultés du jeune homme concernant son indépendance. Il était parfois nécessaire d’en venir à cela pour contre balancer les détresses et ainsi parvenir à apporter un soutien avant que les protagonistes soient victime de ce non retour.

C’est alors que les révélations débutèrent et leur permirent à tous les deux d’appréhender au mieux les attentes de l’autre. Bien sûr, l’assistante sociale avait essayé d’être la plus claire possible dans ses questionnements, ceci dans le but de laisser l’occasion à Jonathan de trouver un écho quand à une aide qu’il recherchait. De son stylo, elle griffonna les informations qu’il lui confiait et affichait un profond respect en raison de sa coopération. Elle comprenait un peu, du moins elle assimilait son désir de payer en liquide, avec certains témoignages des soldats qu’elle avait pu entendre par le passé. Souvent les espèces équivalaient à ce désir de ne pas laisser de traces, mais surtout de se débarrasser au plus vite d’un inconfort qui aurait pu les suivre pendant quelques temps. C’était aussi le signe d’une dette qu’il payait, la valeur physique qui primait sur le non-visuel. Elle pêcha ensuite quelques autres informations. Certaines plus à même de répondre au questionnaire que d’autres, mais toutes allaient vers cette ancienne vie qui lui manquait. Ellie afficha à nouveau ce sourire à la fois triste et compatissant, celui là même qui laissait de côté l’assistante sociale pour que son véritable elle puisse prendre le dessus sur tout le reste. Jonathan faisait preuve d’un véritable courage, celui qui mettait en exergue le fait qu’il veuille continuer pour sa femme et pour ses filles. Celui qui lui donnait assez de forces le matin pour se lever, mais surtout celui qui osait lui insuffler assez de bon sens pour ne pas se laisser submerger par le désespoir. « Votre femme devait être une sacrée femme pour gérer toutes vos dépenses. » laissa t-elle échapper avant de finalement concentrer son attention sur les documents sous son nez. Elle y inscrit une information de plus rapportant le fait que le capitaine détenait avec lui des tickets de caisse susceptibles de faire office de preuves. « Je vous remercie pour votre honnêteté. » continua t-elle le regard toujours baissé et le stylo toujours actif. Elle cocha une nouvelle case et finit par redresser son regard pour oser affronter celui du jeune homme. « Je n’aurai pas besoin de ces tickets pour l’instant, mais gardez les, on ne sait jamais. » Un mince sourire vint à s’échanger entre eux, jusqu’à ce qu’elle ne songe à tout ce qu’elle venait d’entendre. « Comment vous sentez-vous ? Je veux dire… Vous ne vous sentez pas seul parfois ? J’ai lu que beaucoup de soldats revenaient du front changés, la grande majorité d’ailleurs et qu’ils s’isolaient beaucoup aussi bien du monde extérieur que de leur famille. J’ai également lu que c’était pour cela qu’ils avaient bien souvent des animaux de compagnie, pour ne pas avoir l’impression d’être seuls mais aussi pour ne pas avoir à répondre à des questions. Je sais que ça ne me regarde pas puisque je ne suis pas là pour ça mais… Comment vous faîtes pour faire face à cette solitude ? » Elle avait remarqué un trait de caractère assez équivoque chez Jonathan, il n’aimait pas passer par quatre chemins, voilà pourquoi Ellie s’était laissée aller à comprendre les raisons pour lesquelles il ne voulait personne dans son entourage. Une part d’elle savait que la peur de l’abandon y était pour quelque chose, à moins que la crainte de mettre à mal quelqu’un qu’il appréciait n’entre en ligne de compte aussi.  




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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Sam 30 Sep - 20:29

Le néant de mes besoins me permettait paradoxalement de vivre bien mieux que quand je bossais. Mon congés allait se terminer, au boulot, après tous ces mois de « convalescence », et je n’avais toujours pas récupéré le droit de travailler officiellement pour le Bureau. L’essentiel restait que ma retraite continue de compter ; j’avais servi mon pays un bon moment et j’avais pu partir avec un taux appréciable sur mon ancienne paie d’officier. Bon, ça ne faisait pas tout, et j’avais la chance de ne pas avoir de dettes mais dans l’idée, j’avais encore de quoi poursuivre mes activités, et de me rapproche de la tombe à grands pas. Si je ne foirais pas cette entrevue. Si ma pension continuait de m’être versée. Il suffisait de me dire ça pour que je me rende compte que je ne bosserais sans doute plus jamais pour les renseignements ; je m’étais absenté trop longtemps sous le couvert de ma « récupération » et aujourd’hui les choses étaient plus compliquées encore ; j’étais sûr et certain, jusque dans mes tripes, que j’étais allé bien trop loin dans ce que j’avais commis, pour pouvoir espérer une quelconque rédemption. Faire semblant au bureau ne me satisferait pas plus, c’était certain. Est-ce que je devais m’angoisser de ce fait, au sujet de cette entrevue ? C’était trop tard pour flipper maintenant. Et puis, j’étais un grand garçon. J’avais conscience que la pente sur laquelle je m’étais engagée était trop savonneuse, trop dangereuse, pour que je sois en mesure de m’en tirer sans perdre des plumes dans l’affaire. J’allais finir par crever de tout ça, et au fond, ça serait bien fait pour moi.

La migraine ne faisait que se renforcer ; j’étais mal.


La voisine m’explique que les papiers ne sont qu’une formalité à remplir, qu’il n’y avait pas de motif d’inquiétude. Fondamentalement parlant, si l’issue pouvait amener son lot de problèmes, je n’étais pas homme au départ à m’embêter, à me tracasser, pour une histoire d’administration ou d’argent. En plus de ça, j’avais sans doute trop mal à la tête pour saisir tous les tenants et les aboutissants de ce qu’Ellie Martell me dirait. Sans compter que j’étais au fond persuadé de toujours trouver de quoi subvenir à mes besoins, quoiqu’il arrive. Je me contentais donc d’acquiescer.



| Très bien, je vous écoute. |


Je crois les bras pour empêcher ma main gauche de trembler, tandis qu’elle refuse le café que je lui propose. Merde alors. J’en aurais bien profité pour m’éclipser dans la cuisine, me filer quelques gifles qui auraient pu me réveiller et me remettre un peu les idées en place, sans compter que j’aurais bien ingurgité du café en intraveineuse sans le moindre petit souci ; une boisson chaude, voire brûlante, aurait été idéale pour me secouer un peu et passer l’impression que mon bidou était un champ de batailles. Je hochais la tête en guise d’acquiescement ; inutile de trop en faire, elle n’était pas venue dans le cadre d’une visite amicale, elle était là pour le boulot. Un regard, un sourire. Elle voulait me décontracter un peu, sachant visiblement que je n’avais pas l’habitude de recevoir des visites. Si elle savait…


Il y avait peut être encore des traces de sang, dans la cuisine. Et les lits du haut étaient peut être encore défaits. J’évoquais ce qui avait conduit ma gueule à avoir ces quelques stigmates, et elle m’assurait de son côté qu’elle ne venait pas directement pour ça. Pourtant, pour bien connaître les méthodes de l’administration fédérale, je savais fort bien qu’il y aurait un post-it, une note de bas de page ou un post-scriptum avec la pièce-jointe de l’email pour indiquer que j’avais pu avoir un contact violent, des soucis personnels qui m’avaient amené à des voies de fait ou d’autres choses du style. Ca encore, ça n’était pas si important. Je me sentais en confiance pour gérer des questions sur le sujet, s’il devait y en avoir. Je raconte donc ma petite histoire, sans chercher à leurrer mon public par des mensonges éhontés qui se succèderaient les uns aux autres. La vérité, parsemée au besoin de quelques omissions, suffirait largement. Je n’avais de toute façon pas besoin d’être exhaustif dans le sens où ma situation personnelle, affective, sociale, était suffisante pour expliquer que j’étais parfois un peu dans les nuages. Ca et l’alcool… C’était un puissant vecteur de diversion, si je savais bien l’utiliser.


L’assistante sociale convient totalement des qualités de ma femme, et je hoche la tête sans trop savoir quoi dire. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question. Sans autre passion que mon boulot, je ne dépensais pas vraiment, et lorsque je le faisais c’était souvent avec raison, et les achats plaisir n’étaient pas si courants. Du moins, avant. Maintenant la consommation de superficiels allait croissante, au fur et à mesure que je m’enfonçais dans les griffes de l’alcoolisme. Et du meurtre. Ca comptait aussi, ça. Quelques pots-de-vin pour avoir des informations ou du matériel auprès de contacts tous plus louches les uns que les autres. Ellie conclue et embraye en même temps sur mon récit, en faisant ensuite le côté « social » de son boulot après être partie de la question économique. Encore une fois, je penchais pour la vérité. Elle se suffisait à elle-même.



| Ben en fait, je veux dire.. J’étais dans les commandos, il y a quelques années que j’ai arrêté. J’ai déjà appris à faire la paix avec tout ce que j’avais fait. Je dis pas que ça fait plus partie de ce que je suis, que j’ai fait table rase du passé… Non, je vis avec. Je dirais pas que le « soldat » a pris le pas sur tout le reste. Que voulez-vous que je vous dise ? |


Je me frotte nerveusement la barbe pour m’empêcher de craquer, pour me donner une contenance superficielle et faire diversion envers moi-même et les sentiments qui se bousculent et me serrent le cœur.


| J’étais au volant de la voiture, quand l’accident a eu lieu. C’est moi qui ai rentré dans la voiture de devant. Ok, elle avait fait une manœuvre dangereuse. Tords partagés. Ca me fait une belle jambe, pas vrai, de savoir que c’est pas que ma faute ? La vérité, c’est que je me disputais avec ma femme, qui voulait justement que je lui parle de l’armée, du passé qu’on avait ressassé lors d’une soirée chez un ancien camarade, un de mes hommes, qui m’avait lâché tout son ressentiment, des années après notre période de service… Et bref, il a évoqué des choses durant la soirée. Des choses qui ont mis la puce à l’oreille de ma femme, qui a bien vu que ressasser tout ça m’avait mis un coup. Alors elle m’a incité à parler, mais il y avait nos deux filles à l’arrière, elles se sont mêlées de la dispute ; je voulais pas parler de tout ça au volant, pas à ce moment-là. En plus, je suis tenu par la loi ; je n’ai pas le droit d’évoquer des missions classifiées, même si ce serait une question de vie ou de mort. J’ai prêté serment, vous voyez ? Bref, ça n’aurait pas été une super leçon de vie pour mes filles en plus, d’assister à ce genre de déballage qui aurait en sus été un parjure de ma part. Bref. On s’est disputé, j’ai moins fait attention à ma route. Il était très tard et la quatre voies était presque déserte. Ce type sortait… Et d’un coup, il a mis un coup de volant alors que j’allais le dépasser, comme il prenait la bretelle de sortie. Il s’est rabattu sur moi et je n’ai pas pu l’éviter. Bien sûr que j’ai été marqué. Ma femme était déjà morte, quand j’ai repris mes esprits ; de là où j’étais je ne voyais que sa tête qui saignait après un choc violent sur la tableau de bord. Et la bagnole a pris feu. J’ai entendu ma fille hurler, et je n’ai rien pu faire. Je dois vivre avec ça depuis. Je suis incapable de penser à autre chose, de me concentrer sur autre chose. Vous voyez ? Je peux pas reprendre ce genre de boulot, dans ces conditions. J’y aurais trop de responsabilités alors que je suis déjà à peine capable de dormir, de m’occuper de moi-même. Quand je me sens trop seul, j’essaie de sortir un peu, de m’aérer. De gérer ça comme je peux. Du sport. Et la boisson, je le reconnais. Je bois plus qu’avant. |

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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Dim 22 Oct - 14:41

Une main tendue est le début d'un soutien


Jonathan & Ellie

La mise en situation avait été donnée. Fidèle à ce que le protocole nécessitait lorsque le caractère professionnel était en ligne de compte, déterminer un terrain qui se voulait neutre tout en restant au profit de l’interrogé pouvait s’avérer libérateur dans certaines situations. Même si, pour l’heure, l’assistante sociale y associait plutôt une neutralité qui l’avantageait bien plus, pour ne pas à avoir à se confronter à un environnement qui l’empêcherait de pratiquer au mieux sa profession. Sa bienveillance ne tarda pas à s’extirper doucement de qui elle était pour venir croiser la distance émise par le jeune homme. Une part d’elle comprenait les raisons d’un tel comportement et ce même si elle osait y entrevoir une paix bien plus palpable que ce qu’ils avaient pu déjà connaître. Cette fois, Jonathan lui paraissait beaucoup plus calme, poli, mais surtout avenant. Une facette qu’elle ne lui connaissait pas et qui avait tendance à la rassurer déjà sur un meilleur à son sujet. Peut-être avait-il entre aperçu la lumière au bout du tunnel ? Peut-être avait-il réussi à passer ce cap de colère dont le deuil nous assénait sans même nous laisser l’opportunité d’en connaître un autre ressort ? Il s’agissait là de tout le mal qu’elle pouvait lui souhaiter. Il méritait de connaître autre chose que les noirceurs de ce monde trop vaste, trop belliqueux, mais surtout atroce sous toutes les coutures. Il méritait de laisser ce que le front avait surement ôter de son âme pour recouvrer d’autres parcelles de cette dernière, plus encourageante, plus tournée vers ce que le bonheur pouvait offrir. Peut être le connaîtrait-il même un jour ce bonheur ? Il viendrait frapper à sa porte et il lui répondrait comme il avait pu le faire toute à l’heure avec elle. Voilà à quoi songeait l’assistante sociale alors qu’ils s’installaient tous les deux sur cette table. Isolés des préceptes, libérés de ce que la contrainte de quatre murs pouvait infliger à quiconque, ils pouvaient simplement se livrer en prenant comme seuls témoins les cieux les plus hauts et les nuages qui les traversaient. Le cadre se voulait réconfortant, apaisant même, propice à ce que la confiance immerge les appréhensions du soldat pour le libérer de ses chaînes. Il était le seul maître pour s’en sortir, Ellie lui tendait la clé du verrou. Jonathan avait le droit de la serrer ou non. Adulte ou non, la nécessité d’accorder une once de confiance en l’autre était primordiale pour avancer. Surtout pour mieux apprendre qui nous étions au fond de nous. L’amitié avait de cet augure que la vérité dédaignait supplanter. Surement qu’ils n’en étaient pas là, et la jeune femme doutait en cette direction un jour, néanmoins elle osait entrevoir le fait qu’elle lui était bénéfique d’une certaine manière. Un vecteur qui le raccrochait au reste du monde, car dans sa naïveté la plus apparente, Ellie songeait au meilleur d’autrui avant le sien. Alors non, elle ne connaissait rien des activités journalières et nocturnes du jeune homme. Sa place ne consistait pas à le juger en quelque comportement qu’il avait adopté seul. Sa place était de rester dans les retranchements de la paperasse qu’elle devait remplir afin de lui accorder le meilleur traitement possible pour sa pension. Pourtant, en tant que voisine, Ellie ne pouvait s’empêcher de vouloir l’aider un peu mais surtout de prendre des nouvelles tout simplement. Laisser les autres dans le besoin, savoir qu’ils n’attendaient qu’une main ne se tende vers eux pour avancer et l’ignorer, ne faisait pas partie de ses cordes. Elle était bien plus altruiste que cela. Voilà pourquoi, prendre des nouvelles ou ne serait-ce que lui permettre de se livrer un peu sur ses ressentis s’était avéré aussi naturel que de le reste. D’autant plus, qu’elle pouvait constater que ses questions ne paraissaient pas le blesser mais au contraire, il jouait le jeu à son tour et lui répondait le plus sincèrement possible. Elle l’admirait pour sa sincérité d’ailleurs, pour ce courage qu’il parvenait à endosser pour laisser la vérité lui échapper. Il s’agissait probablement de pas grand-chose de son côté, pourtant, il était en train de montrer à la jeune femme qu’il acceptait ses faiblesses. Il était en train de faire un grand pas sans même s’en rendre compte. « Rien, du moins je trouve ça honorable que vous arriviez à accepter tout ça. Vous êtes courageux. » Un sourire timide s’affichait sur ses lèvres alors qu’elle ramenait des papiers vers elle et qu’elle y lisait quelques détails qu’elle connaissait déjà. Il avait raison que pouvait-il dire de plus ? « En tout cas, si vous avez besoin de parler de quelque chose ou même de voir du monde, n’hésitez pas à nous appeler. On est voisins, donc autant qu’on s’entende bien tous ensemble. » Son sourire s’intensifiait pour révéler de sa sincérité dans ses mots. Elle comprenait la solitude et les même si elle ne pouvait comprendre l’ampleur des démons qui le hantaient, il n’en restait pas moins qu’elle arrivait à mettre des mots sur la douleur qu’il devait ressentir.

Elle nota à sa manière qu’il avait de se frotter sa barbe naissante qu’il cherchait à recouvrer une contenance. Aussi garda t-elle le silence au moment où son discours débuta. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il retrace l’histoire de la perte de sa famille. Pourtant, elle arrivait à concevoir les raisons qui l’avaient poussé à le faire. Il se sentait en confiance avec elle et plus son récit continuait plus Ellie admettait qu’il devait raconter cela pour la première fois. La jeune femme resta attentive tout du long, laissant passer par moments des signes d’encouragements et de compassion lorsque cela s’avérait nécessaire pour la bonne poursuite de Jonathan. Il lui était aisé de comprendre l’envergure de sa douleur, alors qu’elle émettait inconsciemment des parallèles avec les questions qu’elle venait de lui poser et les révélations. Plus il continuait dans son récit, plus Ellie prenait conscience des tenants de la carrière du soldat sur sa propre famille. Cela lui mit la puce à l’oreille sur le fait qu’il avait peut être récité un texte aussi simplement que possible toute à l’heure, alors qu’il n’arrivait pas à faire le point avec ce qu’il ressentait véritablement. Elle reconnaissait beaucoup de culpabilité, surtout envers sa propre femme et ses enfants. De la colère, même si elle se dissimulait derrière des prétextes que beaucoup auraient pensés légitimes. L’étaient-ils vraiment ? Comment pouvait-il en vouloir encore aujourd’hui aux victimes, à sa propre famille, parce qu’elles avaient essayé de le soulager en le faisant parler ? D’autres personnes auraient ressassé cette scène, l’y aurait attribué d’autres scénarii dans lesquels les remords l’auraient emporté et lui auraient permis de se confier. Mais pas lui. Doucement, les sourcils se la jeune femme commencèrent à se froncer, signe de son incompréhension. Pourtant, tout bascula au moment où le déroulement de l’accident en lui-même fut évoqué. Mettant en exergue d’autres sentiments. De l’impuissance pour ne parler que d’elle. Cette fois, Ellie la comprenait pour l’avoir déjà traversé dans sa jeunesse. Cette impression d’être une simple spectatrice d’un spectacle qu’on voulait effacer à tout jamais. Il fallait faire avec, Jonathan l’avait bien dis. Mais la douleur persistait et arrivait à s’intensifier même si on ne l’avait pas anticipé. Elle était là et on ne pouvait rien y faire, rien si ce n’était d’essayer d’avancer pour la mémoire de ceux qu’on avait perdu, mais aussi de ceux qu’on voulait sauver. « Personne ne vous demandera d’effacer tout ça. C’est impossible… » tenta t-elle de le rassurer avec le plus de sincérité possible dans sa voix. A lui de vouloir la croire ou non, il ne connaissait pas son passé et ils n’étaient pas là pour faire le concours de l’histoire la plus tragique non plus. « Je sais que c’est dur d’assister à ça, tout comme je conçois l’impuissance que vous avez ressenti ce moment. Vous devez probablement la ressentir encore n’est-ce pas ? » Ellie avait refait son monde avec les « et si », malheureusement, cela n’avait jamais ramené ni son frère ni sa belle sœur. Elle avait simplement du apprendre à vivre autrement, sans eux, et pour eux d’une certaine manière également. « Vous en voulez à votre femme parce qu’elle essayait de vous faire parler ? » demanda t-elle le plus innocemment possible tout en affichant cet air curieux sur son visage. Et puis l’évocation de sa reprise de fonction et tout ce qui environnait le travail de Jonathan lui sauta aux yeux de manière évidente. Il avait beau dire qu’il restait le civil, Ellie se confrontait à l’image inverse. « Laissez vos fonctions où elles sont… Soyez Jonathan Mills. Apprenez à découvrir qui est cet homme, il est autre chose que le soldat. » Un nouveau sourire encourageant vint à prendre place sur ses lèvres. Tendre, il essayait de montrer au jeune homme qu’il avait le droit d’être qui il voulait et même si il trouvait que cette personne était nulle ou indigne de grand intérêt, Ellie était contente d’apprendre qu’il sortait un peu. « Bien, c’est même très bien que vous sortiez. Vous pratiquez quel sport ? Mon compagnon a prévu de retourner en salle pour se défouler, peut être aurez-vous l’occasion de vous y croiser. » Encore une sourire encourageant vint à lui échapper avant qu’elle ne finisse par hausser les épaules face au dernier aveux. « Vous savez le plus difficile est de le reconnaître. » finit-elle par admettre espérant prouver combien elle ne lui en tenait pas rigueur. Il fallait agir par étape et comme le vieil adage le disait, Rome ne s’est pas construire en un jour. L’esprit humain était une interaction de beaucoup de similarités et de contradictions, le tout était d’en avoir conscience pour essayer de s’en sortir à son rythme. « Et donc… vous êtes parvenus à vous faire des amis ? » demanda t-elle avec une pointe d’amusement dans la voix. Après tout, s’il arrivait à se faire des ennemis en raison de son visage aux multiples stigmates, peut être qu’il parvenait aussi à s’entendre avec des personnes. Encore une fois, elle lui espérait pour lui permettre de se tirer vers le haut.
 

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Seule la Mort
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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Lun 30 Oct - 23:24

Difficile de savoir quand je mentais ou quand je disais la vérité, tant j’avais appris à jouer sur les deux tableaux de façon si naturelle que les deux univers, vécu et inventé, se mêlaient au fil du temps. L’alcool et ma dépendance contribuaient à consolider un peu plus cet agglomérat, sans parler de la folie qui, insidieuse, cimentait plus encore l’ensemble. Même moi je ne savais plus vraiment qui j’étais, ni quand je mentais ou quand je disais la vérité. Distinguer le tout était devenu de plus en plus difficile au fil du temps, et je me perdais dans le marasme de mes justifications, dans la chienlit qu’était devenue ma « mission ». Au fil des mois, j’avais repris pied, quelque part. J’avais redonné un sens à ma vie en la faisant décliner pour de bon dans l’immoralité, en traquant et en pourchassant mes propres concitoyens. Parfois, des éclairs de lucidité me faisaient à nouveau perdre pied avec cette question, douloureuse et lancinante ; qu’est-ce que j’étais devenu, putain ? A s’en étouffer d’horreur et de tristesse, devant ce que j’étais devenu après tout ce que j’avais pu être. Mais à d’autres moments, je sentais que ça me faisait du bien. Que je faisais ce pourquoi j’avais été fait, ni plus, ni moins, et que lutter ne ferait de moi qu’un bout d’arbre abandonné dans un torrent de boue en pleine tempête. Je l’avais mérité, mais revenait alors sans arrêt la même question…


A quel putain de moment ma vie avait-elle merdé ?


J’exposais un sacré panorama de saloperies à l’assistante sociale, mais sans pour autant aborder les choses que j’avais juré de taire au moment même où j’avais prêté serment devant le drapeau et signé mon contrat d’incorporation. De toute manière, à quoi cela aurait-il servi que je m’épanche sur le sujet ? On nous avait prévenu. L’adjudant pendant mes classes me l’avait dit. Et je me rappelais très bien des paroles de mon chef de corps après notre dernière rotation en Irak. Je me rappelais de cette interview, qu’il avait lâchée à un journaleux qui l’avait un peu pris par surprise avec ses fausses accréditations. "Tuer un type, tout le monde pouvait le faire, mais, en le tuant, loger la peur dans le crâne de dix mille autres, ça c’était notre boulot à nous, le groupe des Fantômes ! Pour ça, fallait y aller au couteau. Mais quand cette saloperie de guerre s’est arrêtée, on nous a dit de cacher nos couteaux, nos mains pleines de sang, nos gueules et nos souvenirs de tueurs et d’assassins". C’était l’idée. Sauf qu’à force de la cacher, notre gueule, et bien on finit par se leurrer soi-même, par se mentir. Croire, espérer, que les dernières années ne sont qu’une parenthèse, qu’elles ne sont passées que comme dans un rêve, ou un cauchemar. Mais le cauchemar devient récurrent, et l’histoire se répète. Les hurlements de ma fille qui se fait calciner par l’incendie me scie les os et me fait grincer des dents, même si je le fais bouche fermée, comme à chaque fois que je ressens le stress et l’horreur de la nuit, qui menacent de m’engloutir. Je me rappelais quelque chose que j’avais fait la veille, dans l’ivresse. Cette douche brûlante. Et ce « au-secours » tracé dans la condensation sur la glace. Au secours qui devait toujours s’y trouver. J’ai un hoquet d’amusement quand elle me dit que je suis courageux.



| Ca me fait une belle jambe de l’être, tiens. |


Mais malgré tout ça, je n’ai pas le cerveau assez embrumé pour renvoyer paître quelqu’un qui, bien qu’étranger, se propose aussi gratuitement de m’aider, de me rendre service. De parler. Je ne sais même pas quoi répondre. Finalement, personne ne m’a jamais proposé de parler de tout ça. Oh, le psy du boulot, bien sûr. Mais je lui avais dit ce qu’il voulait entendre et à l’époque ce n’était pas difficile à jouer ; j’avais besoin de ce congé, qu’il soit soldé ou non. La jeune femme me sourit, d’un air rassurant. Mais je me demande ce que ça cache. Je suis touché, bien sûr. Mais rien n’est jamais gratuit. Et de quoi s’attendait-elle vraiment à ce que je lui parle ? Mais j’ai un sourire poli, presque complaisant, qui se peint sur mes traits. La jeune femme ressemblait beaucoup aux voisins qu’on avait, auparavant, sur la base navale de Norfolk, avant Washington.


| Je vous remercie, c’est gentil. J’y penserais à l’occasion. Qui sait, peut-être pour un barbecue ? j’ai tout le matériel mais je n’ai plus d’occasions de le sortir. |


Encore une vérité pour cacher mensonges et omissions. La vérité permettait d’habiller tout le reste, notamment le fait que je ne pouvais pas vraiment accepter la main tendue en l’état, car à quoi cela servirait-il de parler ? Je finirais par me dénoncer tout seul, sans le vouloir, ou plutôt si… Mon inconscient me jouait de sales tours. Ca ou ma conscience. Enfin, je ne comprenais pas grand-chose à tout ce jargon de psy. Mais je ne pouvais de toute façon pas aborder beaucoup de sujets avec mes voisins, et ceux que je pourrais partager avec eux, en dehors de la pluie et le beau temps, pourraient me valoir un billet simple pour Fort Leavenworth. J’ai droit à la compassion de la travailleuse sociale, en tout cas. Elle me dit que ce n’était pas possible d’effacer tout ça. Et c’était vrai. Rien que d’en reparler, je plissais les yeux et détournais le regard, des rides de concentration se lisant sur mon front, comme si j’attachais toute ma réflexion à dénouer un point précis, qui ne parlait qu’à moi. C’était sans doute vrai, puisque je me concentrais surtout à ne pas craquer pour de bon. Ca ne se faisait pas. Et pour le nombre de fois où c’était déjà arrivé les mois précédents, ça ne faisait pas non plus de bien. Je déglutis péniblement lorsqu’elle me parle d’impuissance. J’ai été formé à ne jamais l’être, et quand ça arrive…


| Oui. A chaque moment du jour ou de la nuit. Je me demande ce que j’aurais pu faire. Avant j’avais toujours un couteau suisse, sur moi. Impossible de le retrouver ce soir-là. J’aurais peut être pu cisailler la ceinture de ma fille. Ou je ne sais pas. J’aurais pu rouler moins vite. Burlington n’était pas si loin. Et le type de devant ne semblait pas sûr de sa route. J’aurais dû me montrer plus prudent. Je n’aurais même pas dû me rendre à cette soirée avec ma femme et mes filles, mais elles voulaient que je me replonge dans le passé avec les camarades et subordonnés de mon ancienne unité, elles pensaient que ça m’aiderait à mieux vivre ce nouveau départ à Redwood Hills. Je suis venu pour changer de vie, avec les filles. Et ma vie a bien changé. Elle n’a juste pas pris la bonne sortie d’autoroute, un soir de décembre. |


Là, c’est dur. Je peine à respirer et ma main gauche s’est remise à trembler. Machinalement, je serre puis je déploie les doigts de ma main ; c’est sensé apaisé ces légers tremblements mais de toute manière, ma main est sous la table et je n’en montre rien. Inutile de montrer que l’alcool, le manque de sommeil ou le SPT a des stigmates physiologiques sur moi. Et Ellie me demande si j’en veux à ma femme car elle essayait de me faire parler. Je la regarde, stupéfait.


| Non… Non pas du tout. Je leur avais dit cent fois que je n’avais pas le droit de le faire. Je comprenais qu’elles en aient besoin, mais j’étais incapable de le faire. Je m’en veux surtout de ne pas avoir su gérer autrement tout ça. J’aurais pu… Non, j’aurais dû, mieux faire. Je n’en serais pas là aujourd’hui. Vous ne seriez pas là, sous mon porche, à regarder ma gueule en vrac et à me parler de tout ça, si j’avais été un peu meilleur. J’étais officier, autrefois. Gérer les gens c’était mon métier, ma vocation, et je ne connaissais personne mieux que ma femme. Mais je n’ai pas su être à la hauteur. Quant à qui je suis… Vous savez, je vis avec moi-même depuis quarante ans. Je me connais bien. Enfin, avant cet accident, je savais ce que j’avais à faire. |


Elle me parle de sport, elle reconnaît mes efforts vis-à-vis de la boisson, et de la reconnaissance du problème. Malgré moi, malgré les révélations, j’arrivais encore à obtenir plus ou moins ce que je voulais. Vérités, mensonges et omissions. Je lui donnais autant que je lui cachais. Il y avait bien d’autres raisons qui me poussaient à boire, que le drame de cette nuit de décembre. Même si cet événement dramatique avait été le catalyseur du drame que je vivais depuis en permanence dans ma tête. Des amis ? Là, je ris franchement, un peu surpris par la question et surtout, par la conclusion qui l’avait amenée là. Je repensais à Zelda. A Laura. A Desmond, bien sûr.


| Quelques-uns. Mais je pense, et c’est évident avec ma tronche, que j’ai surtout développé une compétence certaine pour m’attirer des ennuis. Je pense que je vais retourner courir plus loin et plus régulièrement. Peut-être me faire des programmes de marche forcée, aussi. Ca me faisait du bien, quand j’étais plus jeune, et ça me vidait la tête. J’irais à la salle aussi, sans doute pour y boxer un peu. Je verrais bien. Que me conseillerez-vous ? En deux ans, je ne connais pas grand-chose du coin. |


En dehors des bars, des bouges mal famés, et des endroits d’où faire disparaître des cadavres.

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MessageSujet: Re: Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan   Mer 15 Nov - 14:50

Une main tendue est le début d'un soutien


Jonathan & Ellie

Malgré les apparences, malgré les recommandations qu’elle avait pu entendre ou lire à propos de son métier, Ellie ne pouvait s’empêcher de connaître un certain attachement envers les personnes qu’elle côtoyait. Il s’agissait là d’une déformation professionnelle, néanmoins cette dernière se révélait être un pilier grâce auquel, il lui arrivait, parfois, de reconnaître des difficultés qu’elle n’avait pas pu relever au premier abord. Une main tendue pouvait être rejeté une première, une seconde, cependant, cette dernière pouvait être toisée au bout de la troisième fois. Comme lorsqu’on cherche à apprivoiser un animal ou plutôt l’approcher tout en veillant à lui prouver qu’il pouvait avoir confiance en cette main, sa témérité dans son travail amenait diverses réactions les unes plus variées que les autres. Mais malgré les craintes qui persistaient, malgré les doutes qui veillaient à la faire se remettre en question encore et toujours, il n’en restait pas moins qu’il y avait cet espoir qui persistait toujours. Jamais vain, il cherchait simplement à laisser entendre d’une entraide gratuite, désireuse d’apporter ne serait-ce qu’une once de bien être envers la personne qu’elle avait jugé apte à recevoir sa gentillesse. L’interprétation de cette dernière différait d’un cas à l’autre, d’un caractère à l’autre, néanmoins, son naturel demeurait intact. Peu lui importait les passifs de certains, il n’en restait pas moins que tous avaient au moins une partie de leur vie en équation avec les autres. L’unicité était un problème dans beaucoup de cas, tant cette dernière visait à enfermer un peu plus les esprits les plus fermés vers cette dépendance qu’ils avaient élaborée pour se protéger. Alcool, drogue, sexe, beaucoup croyaient effrayés en usant des mots autour desquels les tabous avaient passé les barrières de l’entendement dans le but d’impressionner la personne devant eux. Impressionner. L’assistante sociale avait rapidement compris que les enjeux résidaient dans cette unique volonté, tant l’être nécessitait de ce besoin visant à le faire exister face à l’autre. Si beaucoup trouvaient leurs voies en adoptant des vies calmes et tranquilles, il résidait certaines personnes dont les difficultés pour se faire demeuraient un problème vital pour elles. Alors mieux valait-il les aider d’une manière ou d’une autre, en leur faisant comprendre que ce bout de chemin qu’ils passaient sur Terre était le leur et non plus celui des autres. Nombre de fois, Ellie s’était-elle brûlée les doigts devant cette évidence qui n’était pas forcément acceptée, pourtant, elle cherchait toujours le moyen pour que l’épanouissement puisse enfin s’opérer envers autrui. Le chemin arpenté en cet instant même paraissait déroutant. Alternant à la fois des périodes d’encouragements avec d’autres instants beaucoup plus marqués par une remise en question palpable. Néanmoins, l’espoir perdurait dans cette rencontre. Aussi infime pouvait-il se révéler, il puisait de plus en plus de ses forces dans les ententes qu’ils effectuaient Jonathan et elle. Les messages s’échangeaient aux travers des émotions qui se succédaient les unes après les autres, parfois même, il arrivait qu’elles se lient entre elles pour permettre de reconnaître ce qui hantait le plus le jeune homme. Les remords l’habitaient, l’impuissance aussi, mais la fierté demeurait intacte, chose qui rappela à l’assistante sociale combien Jonathan avait passé certains caps de son deuil mais pas tous. La colère lui était probablement une alliée précieuse, voire même une meilleure amie grâce à laquelle il s’en sortait aujourd’hui. Peut-être était-ce d’ailleurs elle qui l’avait guidé vers l’alcool ? Quoi qu’il en soit, la jeune femme gardait à l’esprit qu’elle se trouvait ici uniquement pour lui venir en aide. Aucun jugement n’était effectué de son côté et ne le serait probablement pas. Elle avait devant elle un homme brisé, un homme qui devait apprendre ou plutôt réapprendre à reconnaître son reflet devant le miroir. Le deuil faisait partie intégrante de toute vie, et tous ne le vivaient pas de la même manière. Un sourire nostalgique vint à étirer doucement l’embrasure de ses lèvres alors que Jonathan agissait de manière à repousser cette main qu’elle lui tendait. Son commentaire se révélait véridique certes, qu’avait-il a faire de se savoir courageux ? Néanmoins, elle parvenait à se convaincre qu’il avait trouvé dans cet adjectif quelque chose. Depuis combien de temps n’avait-il pas reçu de compliment d’une tierce personne ? Malgré ses apparences, quelque chose l’aurait touché dans ses dires. Mais elle resta muette, se contentant simplement d’appréhender chacune des informations qu’il lui confiait. « Un barbecue serait une occasion parfaite, il me semble que la saison annonce pas mal de matchs, peut être pourrions –nous organiser un calendrier pour alterner les soirées chez les uns et les autres ? » Sa proposition espérait prouver à Jonathan qu’elle était prête à l’aider s’il le désirait. L’intégration lui serait probablement bénéfique pour voir de nouvelles têtes mais également et surtout pour penser à autre chose. « Je vous laisserai mon numéro en partant, comme ça si vous vous sentez prêt, un simple appel et on organisera tout cela. » Son sourire ne se tarissait pas alors qu’elle essayait de l’encourager par le biais de son regard. Une part d’elle savait qu’Alarik serait également heureux de pouvoir aider un voisin, d’ailleurs elle ne doutait pas que tous les deux s’entendent.

Et puis le ton changea à nouveau, révélant combien les confessions s’avéraient revêtir des allures de délivrances pour le jeune homme. Accueillant chacune des informations qu’il lui révélait avec la plus grande des attentions, la jeune femme ne pouvait que comprendre l’impuissance devant laquelle il avait eu à se confronter. Perdre un être cher était l’épreuve la plus terrible qui puisse exister. Pire encore, perdre un enfant devait probablement s’avérer comme insurmontable et injuste au plus haut point. La compassion régnait dans l’atmosphère, visant à essayer de tarir la colère pour permettre un simple repos à Jonathan. Ses traits prouvaient des difficultés qu’il affrontait quotidiennement, et Ellie espérait pouvoir juste lui apporter un moment de soulagement. Sa douleur ne faisait que se répercuter partout autour de lui, lui donnant l’impression de le figer dans ce temps des révélations comme si il revivait cette scène encore et encore. Elle-même comprenait cela pour l’avoir vécu. Aussi, espérait-elle que son discours puisse lui prouver qu’il n’était pas seul et que si d’autres étaient parvenus à affronter tout ceci, il n’était pas en reste. Lui aussi y parviendrait, mais ne pourrait le faire qu’en acceptant l’aide des autres. La culpabilité s’avérait être le démon le plus difficile à combattre tant cette dernière rongeait de l’intérieur. Il ne suffisait que d’une fraction de seconde pour que ce que l’on pense comme acquis nous revienne directement à la figure et nous assaille de coups que nous n’avions pas envisagés. La culpabilité était une plaie béante à jamais incurable même si parfois, elle donnait lieu se de refermer. Ellie comprenait l’ensemble du discours qu’il lui révélait, elle-même avait pu refaire le monde entier à l’aide de ses hypothèses. Mais jamais son frère et sa belle sœur n’étaient revenus d’entre les morts. Il lui avait simplement fallut faire avec et se raccrocher jour après jour à ce que qu’ils lui avaient laissé. Mila, sa nièce, celle qu’elle considérait comme sa fille et sur laquelle elle veillerait pour toujours. « Vous savez, vous aurez beau retourner le problème dans tous les sens il y aura toujours cette partie de vous qui s’en voudra. C’est difficile de l’affronter, mais vous devez vous dire que même si cette vie n’était pas celle qui vous était destinée de prime abord, il n’en reste pas moins qu’elle vous incombe et que vous devez vivre pour elles. » Les mots étaient chargés d’émotion, d’espoir, de ce partage qu’elle désirait lui transmettre par le biais de sa propre expérience mais aussi par ce qu’elle jugeait bon. Car Jonathan avait du bon en lui. Même si ils n’y croyaient pas ou plus, même si il se levait tous les matins en se demandant pourquoi lui et pas elles, il détenait cette niaque particulière qui permettait d’aller de l’avant. Ellie espérait en lui, pour lui, et elle ne le laisserait pas le repousser à nouveau comme il avait pu le faire toute à l’heure. Elle remarqua d’ailleurs la mine stupéfaite qui surplombait ses remords au moment où elle évoqua de la rancœur vis-à-vis de son épouse. Une fois de plus les révélations qui en découlèrent lui prouvèrent que le chemin n’était pas encore bien ficelé. Tel le funambule, le jeune homme essayait de rester en équilibre sur le fil de sa destinée, tanguant dangereusement entre le côté de la colère et celui de l’amertume. La tristesse derrière le lui rattrapait et ses pas n’en devenaient que plus difficiles pour aller vers sa rédemption. L’air sur le visage de l’assistante sociale resta intact, désireux de lui prouver son entente, son attention, son soutien tant bien même qu’il le désire. Elle restait présente. « Je pense qu’elles ne vous en veulent pas de ne pas vous être livrés à elles. Mais vous… Un soldat est aussi humain que n’importe qui, vous avez le droit de perdre pied pour vous reconstruire. Tout comme vous connaissiez l’homme il y a quarante ans, vous devez apprendre à connaître l’homme aujourd’hui, tous les deux sont différents parce que tous les deux n’ont pas vécu la même chose. » Essaya t-elle de lui faire comprendre en gardant le contact avec ses yeux. Peut-être qu’il s’emporterait à la suite de cette tirade, pourtant une part d’elle osait encore y croire, parce qu’il était déjà différent de celui qu’elle avait pu connaître. « Vous me dîtes que votre ancien vous aurait su quoi faire, mais face à quoi ? » osa t-elle demander en fronçant doucement ses sourcils pour essayer de comprendre. Il mêlait aussi bien le présent que le passé, chose qui avait tendance à lui faire perdre le fil dans la mesure où tout ne lui était pas aussi évident que ce qu’il se tramait dans la tête du jeune homme.

Les efforts semblaient payer, du moins, Jonathan acceptait que la discussion puisse continuer sous cet augure. Ellie ne put que féliciter ses volontés mais surtout cet engouement qui lui prouvait bien qu’il était sur la bonne voie. La vie lui tendait encore ses bras, malgré ce qu’il avait connue, elle résidait là juste devant lui, et il ne tenait à lui que d’en saisir un bout pour oser avancer un peu plus sur son fil. Il parviendrait à aller de l’autre côté, elle n’en doutait pas. Et ce même si le rire qu’il lui donna en guise de réponse veilla à lui faire adopter un léger recul. Pourquoi rire d’avoir des amis ? Elle notait toutefois des vérités dans ce qu’il lui confiait. Des sortes d’appréhension face à une ouverture devant un monde qu’il ne connaissait pas. Car là était le problème, étant soldat, Jonathan connaissait cet univers sur le bout des doigts au détriment de celui dans lequel il devait se mouvoir à l’heure actuelle. Ce dernier pouvait paraître vaste et rempli de toute part, voilà pourquoi l’isolement et la solitude étaient bien souvent des opportunités derrière lesquelles les hommes de ce monde s’enfermaient. Son sourire lui revint timidement devant cet aveu ou plutôt devant sa volonté de vouloir se mêler aux autres à sa manière. Elle notait combien il désirait pratiquer du sport pour ainsi se vider la tête comme il le disait si bien. Un facteur qui prouvait une fois de plus combien le jeune homme désirait se délivrer de ses démons. « Comme je vous le disais mon compagnon compte retourner en salle, il pratique la boxe depuis ses plus tendres années. Je peux vous mettre en relation avec lui si vous le désirez, cela vous fera une personne de plus dans votre entourage. » L’assistante sociale ne préférait pas revenir sur le visage émacié et marqué du jeune homme. Après tout, ils avaient déjà abordé le sujet toute à l’heure et elle n’était pas des forces de l’ordre pour oser lui dire quoi que ce soit. « Sinon, si vous souhaitez marcher il y a pas mal de sentiers de randonnées qui bordent la ville et vont jusque vers les hauteurs. » Un nouveau sourire vint à s’échanger le plus naturellement possible avant qu’elle n’en vienne à se détacher de son regard pour écrire son numéro de téléphone personnel sur un morceau de papier et le lui tendre. « Et comme je vous l’avez promis, je vous laisse mon numéro de téléphone si jamais vous désirez organiser une soirée entre voisins ou même si vous avez envie de parler un peu. D’ailleurs, ça se pourrait que je vous invite en fin de semaine pour une dégustation de gâteaux si cela vous dit. Ma nièce désire devenir pâtissière et on a parfois un stock d’essai assez conséquent, le partager ne fera pas de mal. » Un brin d’amusement se glissa dans les tonalités de sa voix alors qu’elle appréhendait les réactions de Jonathan. Après tout, si il voulait faire parti de ce monde autant l’y inclure immédiatement. « Et donc vous aimez marcher ? Si vous voulez on peut longer l’allée pour se dégourdir les jambes ? Je ne pense pas que Benito y voit d’inconvénient hein mon chien ? » Le Pitt Bull à ses côtés redressa la tête devant son évocation ce qui instigua le mouvement d’Ellie en direction de sa tête pour lui offrir une caresse. Après tout, elle était là en tant qu’amie également et si cela pouvait soulager Jonathan, elle voulait bien tenter l’expérience.

 


Spoiler:
 

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I will be loving you 'til we're 90, and baby my heart could still fall as hard at 34. Oh me I fall in love with you every single day, and I just wanna tell you I am. So honey now, take me into your loving arms, kiss me under the light of a thousand stars. Place your head on my beating heart
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Une main tendue est le début d'un soutien - ft Jonathan

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